Encore faut-il en avoir conscience !

Par Noindep • 10 July 2006

On me l’a dit il y a quelques jours : le débat politique en Polynésie est cimenté dans la dalle du statut quo, et de facto, notre réflexion s’enlise dans une errance intellectuelle.

Au fil des jours qui passent, notre croyance en l’avenir perd de son essence. Le plus grand ennemi de la démocratie assassine notre débat politique, et c’est avec un ridicule de plus en plus humiliant que le pouvoir instruit la démagogie à tout un peuple.

Les multiples gouvernances politiques n’ont rien fait depuis pour apporter à la fois un constat et des solutions. La rhétorique témariste qui donne la réplique à l’idéologie de l’indépendance n’a rien de flatteuse. Les solutions qu’elle propose sont aussi incohérentes que dangereuses. Son orateur semble vivre en marge de la réalité, pire lorsqu’il ose avoir la prétention de posséder l’assentiment populaire. Celle de Flosse a tout sauf apporter des réponses à notre développement de demain, sinon de nous entériner dans un assistanat de long terme à l’égard d’une belle France qui traverse une crise identitaire sans précédente. Les solutions semblent se réduirent et s’éloigner, d’autant plus que la mondialisation nous guète et nous attend.

Le tourisme, germe d’espoir des vingt dernières années aurait déjà dû atteindre sa maturité et commencer à produire les fruits qui donneront à manger à nos enfants demain. Le tourisme est aujourd’hui stigmatisé comme une fatalité conjoncturelle et relayé aux évenements extérieures. Les attentats du 11 septembre auraient plombé notre tourisme. La raison semble légère et facile. Si nous avions opter pour une croissance interne et non externe, en améliorant la qualité de nos prestations, scellées par un label de qualité plutôt que de continuer à brader nos richesses lagonaires aux chaînes d’hôtels étrangères, peut-être que le mensonge ne serait pas aussi dure à porter. Nos politiciens ont préféré se déculpabiliser en relayant ce mal être à la conjoncture mondiale, plutôt que d’avouer que c’est notre incapacité à nous adapter à l’extérieur qui justifiait un tel désarroi. La Polynésie française, tout le monde veut y venir, mais personne ne peut. Le paradis a un prix, mais avouez que c’est plutôt un enfer pour nous ces dernières années.

Les taxes, deuxième élève dans le tableau de nos rentrées fiscales, sont devenus depuis des années l’outil des satisfactions fallacieuses et dangereuses. Impuissant devant des finances déséquilibrées, dû à un manque certain de réflexion, le politique laisse s’envoler la courbe de la pression fiscale. La raison : un manque d’encadrements des politiques fiscales, et un abus certain des textes de la loi organique de 2004, qui attribuent une libre souveraineté à l’exécutif local en matière fiscale. Essence, cigarette, alcools, PPN, PSI…. Des produits régent notre quotidien et dont ces taxes effritent les bases de notre pouvoir d’achat, alors même que les programmes électoraux militent tous contre son érosion. La plus grande arnaque politique !

Dernière plaie de notre statut quo : le temps perdu. Nombreux sont les temps perdu en politique, asservis à laver leur linge sale en publique au lieu d’instruire la société de confiance. Ce laxisme trouve écho également dans « les réformes intuitives » du politique à construire des projets papiers inondés d’idéologies sur des réalités qui appellent à une attention particulière. La réforme solidarité Te Autaeaeraa précipite les pouvoirs d’achats de nos consommateurs dans la rétention économique, qui deviennent les dignes héritiers d’un château de cartes grotesque. On ne construit pas un nouvel organisme social (c’est ce qu’est ce projet), en l’espace de deux semaines, surtout lorsque l’on fonde la base d’un tel projet sur un programme politique ! On pourra en dire de même des moultes réflexions concertées sur le SMIG, indice de notre précarité sociale. Produire de la justice sociale sans produire de la richesse économique productive (productivité) n’aura jamais d’incidence conséquente et continuera à accélérer notre descente du col. Nous devons tenter de ne pas nous laisser bluffer par une gratuité de la justice sociale, nous en paierons forcément le prix, nous-mêmes ou nos propres enfants. Vivre sur le dos de nos enfants est un acte monstrueux.

  • Le débat avance au rythme d’une métonymie de long terme, et féconde aucune solution pour demain. Nos enfants hériteront de notre laxisme actif et notre dynamisme passif. La résolution de notre cancer social ne trouvera pas écho dans le combat bipolaire de notre monde politique, mais dans notre capacité à soulever des forces vives et mener pour demain un combat actif pour servir notre cause et rétablir le train de l’espoir sur les rails vers l’avenir. Encore faut-il en avoir conscience.

Commentaires

Par Etetera le 12 July 2006 at 1:10

je suis effectivement effarée par le manque de mesures internes.
Comment faire revenir un touriste avec plaisir s’il ne trouve pas l’eden tant vanté et qu’il paie cher pour ne pas le trouver.

Avant d’essayer de concurrencer les autres compagnies aériennes sur leurs trajets (NY par exemple), il eut été plus judicieux d’affecter un budget important à :
- l’habitat
- les routes, évacuations d’eau (cf les inondations même aux abords de l’aéroport)
- l’eau potable dans toutes les communes
- le traitement des eaux usées et le nettoyage des rivières avec des mesures drastiques à l’encontre des éleveurs qui évacuent tout dans la rivière et la polluent
- sensibilisation de la population et des enfants sur la protection de la faune et de la flore par des gestes simples mais quotidiens
- le problème des déchets
- arrêt des subventions à donf et accompagnement des projets d’entreprises
- des journées d’éveil artistique dans les communes avec les artisans, orateurs de la commune pour vivre pleinement notre artisanat et les touristes seraient enjoués d’y participer (plus assez de réjouissances populaires autour de la culture, sauf grandes manifestations du genre heiva): ce dernier point n’est certes pas une priorité mais c’est une obligation envers notre jeunesse
- etc …

C’est peut-être niais ce que je dis mais je reste persuadée que de bonnes mesures économiques ne peuvent pas exister si tous les domaines ne sont pas traités en même temps.

J’en reviens au smic. Le geler sans rien faire à côté ne servirait à rien sinon à créer encore plus d’instabilité sociale et donc une économie encore plus morose.

Par Noindep le 12 July 2006 at 2:14

Les points que tu présentes semblent répondre au défi auquel les sociétés modernes sont actuellement confrontés. A savoir l’accès à un minimum de droits pour les minorités, et l’élaboration d’un réel projet social.

Il manque aujourd’hui, en plus d’une économie structurée, une véritable cohérence sociétale. Le peuple est en manque de projets, et perd tout ses repères dans une société qui ne sait pas en produire régulièrement. Peut-être peut-on les rassembler autour du crédo culturel, qu’importe, la société polynésienne est en panne de logique, en panne de pensée, bref en panne d’idée.

A méditer.

Par Noindep le 12 July 2006 at 2:18

Notre problème ne viendrait-il pas de là ?

N’expliquerait pas t’il el fait que les polynésiens ont du mal à chercher dand quels camps ils inscrivent leur avenir ? Si c’est celui de l’indépendance ou de l’autonomie ?

La société polynésienne risque t’elle pas d’éclater en mille morcreaux, faute d’un projet social commun ?

Prendre conscience des enjeux commence ici et maintenant. Avant même de partir au front contre les problèmes d’ordre économique ou social, ne faut-il pas s’assurer du moral des troupes à relever un tel défit ? Les polynésiens ont-il le moral ?

Par Etetera le 12 July 2006 at 7:07

on a la même pensée apparemment.
On nous rabâche les oreilles avec la jeunesse acculturée alors allons-y ! renouons avec la culture mais pas n’importe comment. Sachons allier la tradition à la modernité. Sachons faire de nos traditions un moteur pour une société enfin en phase avec le monde dans lequel elle évolue. Une population stable ne peut qu’être plus productive et accueillante.
Sachons mettre en avant les atouts naturels du fenua et sachons le préserver tout en en faisant un attrait touristique indiscutable.
Arrêtons de laisser tout faire et n’importe comment au prétexte d’économie mais laquelle ? celle de l’instant ? privilégions plutôt la qualité et pérénisons l’économie en imposant des règles de bon sens et non des taxes et surtaxes ou subventions à l’éveuglette ou défiscalisations à outrance sans véritable projet social, économique et fiscal à long terme.

Malheureusement, nous nous heurterons forcément au système politique qui ne permet pas de projets à long terme. Donc, quand on est au pouvoir, on en profite un max car cela ne durera pas. C’est pernicieux car tant qu’on ne l’a pas, ce pouvoir, on a des idées mais quand on y est, elles semblent s’évaporer ….

Par Noindep le 12 July 2006 at 13:35

Je suis d’accord avec ton analyse sur le pouvoir du politique. Le vice s’installe rapidement, et les idées s’évaporent à vitesse grand V.

Je pense que l’on devrait fonder un organisme de surveillance des politiques publiques. Un genre de think thank orienté principalement vers les politiques économiques. Un organisme qui n’existe presque pas en France, et qui permettrait de garantir à nos institutions une crédibilité aux yeux des investisseurs. Cela nous éviterait de mener des politiques stériles, qui nous coûte du temps et de l’argent.

Si nous faisons rien, c’est la faillite de la société de confiance, et l’avènement d’une société individualiste.

Par JEAN le 12 July 2006 at 17:39

Je tiens à vous apporter ces chiffres qui ont été rendus publics discrétement courant juin et viennent donner de l’eau au moulin d’ETETERA sur le manque d’investissements structurants (eau potable, assainissement, écoles, routes, logements,…).

Entre 2004 et 2005, les dépenses directes d’investissements (immobilisations sous forme de bâtiments, ponts, routes, …) sont passées de 23,1 milliards de F à 22,8. En 2003, ces dépenses étaient de 24,5 Milliards de F.

Les dépenses indirectes, sous formes de subventions (aux EPA, EPIC et SEM essentiellement), qui ne sont pas nécessairement dépensées (une partie est thésaurisée inutilement sous forme de trésorerie dormante) atteignaient 8,5 milliards de F contre 6,9 milliards de F en 2004.

Au total, les dépenses d’investissement sont restées stables à 31,9 milliards contre 31,7 milliards en 2004. ce chiffre demeure largement en retrait par rapport à 2003 (35,2 milliards)et on compte un record de près de 60 milliards de crédits non dépensés!!!

Et pourtant, l’argent est rentré dans les caisses du Pays en 2005. D’une part l’Etat n’a pas "fermé les robinets" (selon le terme consacré) : les subv Etat ont augmenté de 16% sur un an à 22,2 milliards de F dont la moitié en fonctionnement.

D’autre part, les impôts sont rentrés. Vos poches de consommateurs ont subi 4 milliards de F de prélévements suplémentaires sous forme d’impôts indirects (taxes à l’importation : +11% avec 18,3 MdF; TVA : +6% avec 41,1 MdF; Taxes sur les consommations spécifiques : +7% à 9,3MdF. La fiscalité directe a enregistré 1,6 milliards en +, grâce aux recettes diverses, l’IS et l’IT ayant reculé de 11% et de 9%.

Conclusion ?

Grâce aux taxes indirectes, le Gouvernement a enregistré un excédent record de près de 13,4 Mds… mais qui n’a pas servi à relancer l’investissement public.

En l’absence de dépenses d’investissement à financer, le Gouvernement a reporté son programme d’emprunts. 7,2 Mlds F ont seulement été nécessaire alors que 14 millards étaient inscris au budget…

Le syndrome "Commune de Faaa" (grosses réserves financières mais infrastrutures publiques décrêpies) guette t’il aussi le Territoire???

 

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