Accords de Tahiti Nui : une diversion inutile

Par lebop • 10 June 2006

Dans l’ordre des thèmes de diversion véhiculés par le pouvoir en place avec le relais complaisant d’un journal de la place, “on” nous représente un plat mal servi la dernière fois : les fameux accords de Tahiti Nui auxquels tiennent tant les idéologues du Taui qui gravitent autour du Président du Pays.

On nous avait fait “deviner” la version “hard” des accords, avec publication de certaines bribes dans le journal officiel du Gouvernement, les Nouvelles. Vu le tollé provoqué par cette initiative qui venait en droite ligne après les déclarations indépendantistes incendiaires du Président du Pays à l’extérieur, ce projet d’accords avait été mis sous le boisseau.

Le même journal nous remet le couvert, avec peut être à la clé, une version “soft” qui recueillerait le consensus.L’espoir de cette nomenklatura risque d’être déçu.

Car qui a “intérêt” a voir de tels accords signés entre l’Etat et le Pays ? Pourquoi tant d’empressement à remettre le couvert ? Le Président Temaru voudrait-il s’envoler à Paris avec un document à présenter en audience au Président de la République ?

Ces accords sont une diversion inutile, car cette manie de l’UPLD à surpondérer les thèmes idéologiques - rapport incendiaire sur les essais nucléaires, protection de l’emploi local, prééminence du reo maohi sur le français, accords de Tahiti Nui - ne correspond pas du tout aux besoins prioritaires de la population tels qu’exprimés par les récents sondages.Ces thèmes, ressassés et ressassés depuis une vingtaine d’années, ne visent qu’à caresser dans le sens du poil la base militante du Tavini, question de lui montrer que ce parti est “droit dans ses bottes” sur le plan idéologique.Question de montrer que l’on peut aussi “défier” l’Etat colonial et on l’a vu récemment avec le récent “coup de gueule” du Vice-Président DROLLET sur les “dettes de l’Etat français”.

Mais la population, elle, souhaite ardemment que l’on s’occupe de ses problèmes concrets : croissance de l’activité économique, création d’emplois, insertion professionnelle des jeunes, lutte contre la cherté de la vie, logement, éducation, amélioration de la vie quotidienne ( amélioration des infrastructures routières, transport collectif…), amélioration de la vie sociale dans les quartiers, lutte contre les nuisances et la pollution…. Et mieux vaut tard que jamais.

Car, chose surprenante, autant l’UPLD est “hyper-active” sur les thèmes idéologiques qui n’amènent rien de concret dans notre vie quotidienne, autant elle est inactive sur les dossiers prioritaires au regard de nos concitoyens. Le dossier des produits et services indispensables, annoncé en décembre 2005 pâtine par manque de méthode et pour cause de concertation “à postériori”, la politique d’infrastructures ( routes, logement social…) est très nettement ralentie, la passivité du gouvernement face à l’atonie de la croissance est flagrante… On pourrait multiplier les exemples en passant en revue chaque porte-feuille ministériel.

La tactique qui vise à multiplier les forums, les séminaires, les “journées, les “semaines”, les “ateliers”, les “assises”… sur tel ou tel thème pour faire croire à l’opinion que l’on va agir après les “diagnostics de la situation” ont fait long feu. Le dernier compte-rendu en date, celui sur le logement, est révélateur à ce sujet : le Ministre Tefaatau nous reparle encore du diagnostic (on sait depuis des lustres qu’il faut construire des milliers de logements sociaux pour répondre aux besoins…) pour la seconde fois sur RFO, ceci pour masquer le fait qu’il n’a construit que 250 logements sociaux en 2005 (et encore, c’est à vérifier…). Soit le plus faible score depuis plus d’une décennie dans ce domaine. Pas de quoi s’en vanter…

Ces exercices de “communication gesticulatoire” ont atteint leurs limites et se résument dans les discussions privées de nos concitoyens par : trop de bla-bla et pas assez d’action. Parait-il que la parole est libérée, mais on est loin de l’orchestre symphonique cher à Jean-Paul BARRAL, grand théoricien du Taui. La cacophonie, y compris même au sein de l’UPLD, entre la majorité de l’Assemblée et le Gouvernement, s’est amplifiée.

Alors, pour remplir ce vide doublé du désordre politique au sein de la majorité, on occupe le bon peuple avec des dossiers tels que les accords de Tahiti Nui. Nos universitaires - toujours les mêmes, Monsieur Sémir Al Wardi en tête - viennent nous expliquer doctement le parallélisme avec les accords de Nouméa ( texte que l’on peut trouver facilement sur Internet, via Google), qu’il s’agirait là d’une suite logique de la revendication statutaire…etc…etc…

Mais en quoi la “reconnaissance du fait colonial” serait une avancée majeure pour la Polynésie et les polynésiens ? En quoi celà va-t-il bouleverser notre vie quotidienne ?

Regarder l’avenir dans le rétroviseur n’est pas une solution. Le fait colonial a existé en Polynésie, comme dans tout l’ex empire colonial français. Cette colonisation a eu du bon et du mauvais et les historiens se chargent de nous le rappeler. En ce qui concerne la Polynésie, rappelons rapidement qu’il n’y pas eu colonisation de peuplement, il n’y a pas eu déportation de prisonniers politiques métropolitains, il n’y a pas eu marginalisation des maohis dans des réserves, il n’y a pas eu exploitation “‘éhontée ” de ressources naturelles ( à l’exception, relativement mineure, des phosphates de Makatea au 20 è siècle)), il n’y a pas eu pillage de matières premières ( au contraire, les cocoteraies ont été plantées aux Tuamotus avec le volontarisme de nos missionnaires catholiques), le commerce captif avec la métropole était quasiment insignifiant…En résumé, la colonie polynésienne “coûtait” beaucoup plus qu’elle ne “rapportait” à la Métropole.

Débats d’historiens intéressants, certes, mais très éloignés encore une fois des préoccupations qui animent les citoyens de la Polynésie contemporaine.

Aussi, je doute fort que les partis autonomistes “se feront embarquer” tranquillement dans cette voie de diversion. Et ils auront raison, car leurs mandants leur ont demandé d’améliorer leur qualité de vie concrète et rien d’autre.

Accords de Tahiti Nui ? A ranger dans un tiroir. Car il y a plus urgent à faire.

Commentaires

Par colonel le 11 June 2006 at 14:15

tout à fait d’accord avec toi général, il y a mieux à faire et surtout ces accords n’ont aucun intérêt depuis la mise en place du nouveau statut d’autonomie qui est représente presque une "indépendance mais dans la sécurité"( d’ailleurs Oscar sait parfaitement en profiter) et que nous envie beaucoup de territoires ou de petits pays!De plus les accords de nouméa étaient légitimes à cause des événements qui avaient eu lieu et du sang qui avait coulé mais à Tahiti comme l’a fait remarquer le ministre de l’outre mer, je crois, il n’y a actuellement aucune légitimité à de tels accords!Le plus urgent serait certainement d’améliorer le statut actuel en changeant le mode de scrutin ( comme s’y était engagé oscar d’ailleurs) et ce proget lui serait certainement consensuel auprés de tous les partis autonomistes!

Par colonel le 11 June 2006 at 14:16

tout à fait d’accord avec toi général, il y a mieux à faire et surtout ces accords n’ont aucun intérêt depuis la mise en place du nouveau statut d’autonomie qui est représente presque une "indépendance mais dans la sécurité"( d’ailleurs Oscar sait parfaitement en profiter) et que nous envie beaucoup de territoires ou de petits pays!De plus les accords de nouméa étaient légitimes à cause des événements qui avaient eu lieu et du sang qui avait coulé mais à Tahiti comme l’a fait remarquer le ministre de l’outre mer, je crois, il n’y a actuellement aucune légitimité à de tels accords!Le plus urgent serait certainement d’améliorer le statut actuel en changeant le mode de scrutin ( comme s’y était engagé oscar d’ailleurs) et ce proget lui serait certainement consensuel auprés de tous les partis autonomistes!

Par lagon le 11 June 2006 at 15:58

Une remarque souriante à " Colonel ": c’est à Le Bop que tu réponds, et non à " général ": ce général est une rubrique, non un rédacteur.

Par lagon le 11 June 2006 at 16:03

Très intéressant, Le Bop, ton article.Ceci étant je pense que les accords en question visent à séduire, non les partis autonomistes, mais les électeurs. Et ça pourrait marcher, tu sais .

 

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