Université de Polynésie française: malaise dans les Sciences Humaines
L’UPF forme les jeunes polynésiens sans qu’ils ne soient obligés de quitter l’ Ile, la Terre, les Racines. Les formations englobent quatre domaines, les Sciences, le Droit, l’Economie et les Sciences Humaines. Ces dernières nous intéressent.
Je ne vais pas souvent en librairie, mais là, on me presse, on m’oblige, je dois y aller, pour voir, un beau rayon…à celle du Vaima. A priori, les universités, la recherche, j’ai rien contre. L’Institut Malardé, la recherche océanographique, l’archéologie, je reconnais un but, une utilité. Mais là, je tombe sur la production des Sciences Humaines… Du coup, je deviens plus attentif.
En écoutant les professeurs (on en rencontre dans les dîners ; un professeur s’écoute car il aime parler), en entendant les étudiants, on est vite frappé par une évidence : les Sciences Humaines se résument en une discipline, l’Anthropologie, c’est l’étude des sociétés, des langues, des peuples primitifs, du folklore. J’ai dû aller chercher mon dictionnaire ! On écoute, on entend : le géographe a une orientation, l’Anthropologie ; l’historien a une angle d’analyse, l’ Anthropologie ; le sociologue s’efface et devient, Anthropologue ; le linguiste et le littéraire n’y échappent pas, langues et littératures sont des miroirs anthropologiques. Au final, il faut vérifier ! On va à l’UPF, on retire le guide de l’étudiant, on regarde les biographies des enseignants…au début, il y a des linguistes, des géographes, des historiens, au final, on a…des Anthropologues ! Tu vas trouver, Lecteur Bienveillant, que le terme « Anthropologie » revient souvent et que c’est bien pesant. Sois serein, ressens ce que ressentent les étudiants (d’où vient Politita ?) face à l’hégémonie Anthropologique !
Mais l’on va me dire que l’ Anthropologie est une matière noble. L’on va dire, et l’écrire, et l’on aura raison ; c’est la pure vérité. La question n’est pas là.
L’ Anthropologie en vigueur à l’UPF repose sur des bases idéologiques, mercantiles…en tout cas peu scientifiques. Il s’agit avant tout pour des popa’a de justifier leur présence de chercheurs à Tahiti ; ils cherchent donc. Mais comme ils ne connaissent pas grand chose à Tahiti, ils inventent de somptueux édifices qui leur permettent de plaquer leurs savoirs sur la Polynésie : ainsi avons-nous pu voir fleurir de grandes théories, l’une liant le triangle polynésien au triangle oedipien (ça vous en bouche un coin !), l’autre établissant un parallèle entre les îles polynésiennes et les îles grecques (pourquoi pas les îles laponnes ou bretonnes, on ne le saura jamais…à moins que le professeur ne connaisse que les grecs !). Allez dans cette librairie, vous verrez ! On le voit, la recette est simple pour devenir chercheur à l’UPF : connaître un domaine, trouver un lien avec la Polynésie, adapter. Plus c’est gros, plus ça marche ! Avouez que les triangles, c’est puissant ! On peut maintenant inventer un exemple, la Tyrolien aime chanter en culotte de cuir avec une plume sur son chapeau. Le tyrolien vit à la montagne. On repère les éléments similaires. Reste à trouver un titre porteur : Rites festifs et telluriques dans les mondes tyroliens et polynésiens, pour une modélisation anthropologique des célébrations dans les espaces montagneux. Ceci est invention. Du réel : il y a peu, un conférencier a soutenu que les vikings avaient découvert les Marquises…ce devait être un chef viking descendant de Sinbad…il avait un drakkar volant !
Il est enfin dommage que les prétendus spécialistes enseignent autre chose que leur discipline, un étudiant vient pour apprendre l’anglais, il ressort avec un licence en anthropologie-anglophone…sera-t-il bien formé pour enseigner la langue aux élèves ?
Surtout, il est curieux de proposer un enseignement aux jeunes polynésiens qui les ramènent constamment à leur univers. Etudier, c’est s’ouvrir au monde, à l’autre, à l’ailleurs, à la différence. Les Anthropologues finissent par tout ramener à l’Ile, à tout comparer avec tout, à nier l’identité, à limiter le regard sur l’ailleurs. Cette force centripète est d’autant plus nuisible qu’il est grand temps que nos jeunes s’expatrient, apprennent, et puis, s’en reviennent forts d’une expérience acquise grâce à la confrontation avec l’autre. Mais est-ce là le but de notre gouvernement que de voir la jeunesse aller découvrir des horizons nouveaux, affiner son esprit critique et puis revenir…pour juger ?
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Commentaires
Ce texte m’a très vite mis mal à l’aise en tant que popa’a.
Ce texte signale une dérive, mais malheureusement avec acharnement. Sans contrepoids, ces propos semblent dirigés de manière hostile contre un groupe de personnes. Aucune possibilité d’évolution n’apparait pour eux.
Heureusement la conlusion est excellente et dément cela. Bravo donc pour cette conclusion qui donne du poids à l’opinion exposée.
Bien dit roland on rejoint ici le post de l’impossibilité d’une ile (http://www.politita.net/index.ph... et la société ouverte de karl popper.
- Ce n’est pas l’UFP mais l’UPF pour Université de la Polynésie Française (Française avec un grand F car ca fait partie d’un acronyme)
- L’anthropologie est un mot-clé qui fait partie des sciences humaines. C’est une base. On ne dit pas que telle matière est scientifique parce qu’elle utilise des chiffres…
>connaître un domaine, trouver un lien avec la Polynésie, adapter
donnez nous des références (bibliographie, sites Web, etc) sur ce que vous dites, ça me ferait plus marrer que la juxtaposition d’insanités. Si ce genre de propos s’est fait pendant des conférences à l’UPF, je ne sais pas si vous êtes enseignants, mais il est très difficile d’attirer l’attention d’étudiants/public toujours sur le charme du pitoisme. Ils s’adaptent mais ça m’étonnerait qu’ils sortent des âneries pareilles. Donnez des références !
> Les Anthropologues finissent par tout ramener à l’Ile
Mouais, on pourrait aussi dire que les anthropologues finissent par tisser un lien de l’île vers l’extérieur… ("t’es aussi moche que lui" veut aussi dire "t’es aussi beau que lui" même si c’est moins beau…)
> Cette force centripète est d’autant plus nuisible qu’il est grand temps que nos jeunes s’expatrient, apprennent, et puis, s’en reviennent forts d’une expérience acquise grâce à la confrontation avec l’autre
Je suis heureux de vous annoncer que les jeunes s’expatrient (ah bon c’est nouveau ?), l’Université, même si elle est ouverte au monde, et ses enseignants non.
C’est beau le métissage, l’agglomération, bof, l’amalgame d’idées, encore moins …
Si j’ ai bien compris Roland souligne une dérive anthropologique qu’il a cru constater à l’Université.
Il le dit à sa façon, sans viser telle ou telle personnalité. Il dénonce ce qui lui semble excessif.
Il prône l’ ouverture au monde et sur le monde.
J’ aurais tendance à privilégier l’ essentiel de son propos plein d’ humour, en l’ occurrence la question posée,que traduit Pepe Tama.
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