A toi de jouer !
Apprentissage = rigueur.
Roland a montré récemment l’ importance de l’ apprentissage de la langue. Il a bien fait. En quittant le cycle primaire bon nombre de petits français ne maîtrisent pas les apprentissages de base ( qui devraient être acquis au cours préparatoire ), pas plus que les règles qui fondent la vie en société. Pourtant chacun sait la nécessité absolue d’ un travail fait de répétition, de rigueur, de mémorisation systématique, de valorisation de l’ effort.
Seule une telle exigence de la part du maître peut permettre l’ acquisition de ces outils. Le rôle du maître, au service d’ une volonté politique claire, est éminent. Hier en métropole les instituteurs étaient parvenus à former des élèves qui pour la plupart, au sortir du cours préparatoire, maîtrisaient vaille que vaille les apprentissages de base: les lire écrire et compter.
Il est incontestable qu’ il y a eu dégradation, faute d’ un relâchement coupable des exigences d’ un pouvoir politique aveugle ou désireux de l’ être, bien que certains instituteurs aient refusé dans l’ intérêt de leurs élèves d’ appliquer les nouvelles ukases, et de privilégier le ludique au détriment du savoir. Combat désespéré au demeurant.
A mal parler deux langues on n’ en parle aucune
Cette dégradation a retenti sur les rapports entre les individus, on le constate aujourd ‘ hui. Il est en effet impossible de communiquer sereinement, de communiquer tout simplement, lorsque les mots n’ ont pas le même sens pour tous, sans la maîtrise des mots, ce référentiel rationnel universel. En Polynésie, le problème semble plus complexe en raison du bilinguisme, croit on. Il est pourtant possible, si l’ enseignement est dispensé avec rigueur, de faire en sorte que tous parlent et la langue d’ origine et le français.
Sinon, à mal parler deux langues on n’ en parle aucune, et pour peu que l’ idée germe dans certains esprits d’ en introduire une troisième….on voit le gâchis.
Le risque est clair : si un parler analogue à la plupart des banlieues métropolitaines ( et qui s’ étend chaque jour davantage ) envahit le Pays, il entraînera la violence et un repli indépendantiste communautariste peu compatible avec les légitimes aspirations des jeunes Polynésiens, et aux droits de ces dernier à vivre la modernité.
Derrière certaine volonté affichée d’ un retour aux sources et d’ un parler authentique, susceptible de séduire le jeunesse, n’ y a - t - il pas la volonté politique de créer rapidement les conditions d’ une indépendance arrachée, sinon par des voies peu orthodoxes, du moins par un vote populaire nourri de croyances irrationnelles? Dans ce cas on toucherait là un problème majeur, et la situation serait très sérieuse.
En effet la part du rêve en Polynésie et ailleurs joue un rôle important dans l’ expression démocratique, et le gagnant n’ est pas toujours celui qui privilégie la raison. L’ expérience l’ a prouvé.
- Qu’ en pensez- vous ?
- Pensez - vous que la langue d’ origine puisse demain devenir langue véhicule ?
- Y a - t -il à votre avis affaiblissement du français dans le Pays, malgré l’ effort gigantesque accompli pendant ces vingt dernières années dans le domaine de l’ éducation ?
- A qui profiterait éventuellement, si tel était le cas, l’ avènement d’ un parler qui à proprement parler ne serait pas une langue ?
- Quelles pourraient en être les conséquences ?
Tous vos avis nous intéressent.
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Commentaires
Bonjour Lagon,
j’avais déjà écrit un sujet il y a quelques temps à ce sujet :
jerometahiti.blogs.com/po…
Merci Jérôme.
Je ne connaissais pas ton blog.
Mais je ne regrette rien, car le sujet est majeur…à mon avis, et les hommes politiques responsables le considèrent comme tel je l’ espère.
Tu n’as rien à regretter, bien au contraire ! Plus on écrit sur ce sujet, plus les gens seront amenés à y réflechir.
Je suis aussi extremement ravi de découvir que quelqu’un d’autre ait la même vision que moi sur ce sujet.
J’ai toujours pensé que notre Ministre de l’Education, intellectuel émérite, avait tendance à projeter ses ambitions de manière trop idéale sur nos jeunes.
Il voudrait, en effet, que les jeunes polynésiens maitrisent "au moins" trois langues : leur langue ( de moins en moins) maternelle, le reo maohi, la langue du "colonisateur" , le français ( parlée quand même par 800 millions de personnes dans le monde),et, enfin, la langue dominante et "utilitaire",j’ai nommé l’anglo-américain.
Sa volonté d’expérimentation et son séjour récent en Nouvelle-Zélande démontrent qu’il a de la constance dans ses idées.
Mais je dis "casse-cou" : je rejoins tout à fait Lagon. A vouloir maitriser deux ou trois langues, on n’en maitrise aucune.
Et la réalité est là : le "bichelamar" franco-tahitien est présent partout,le manque de maitrise de la langue française par une grosse minorité de nos jeunes est affligeant, le manque de culture d’une majorité de nos jeunes est malheureusement un constat quotidien.
La solution n’est pas dans l’expérimentation ou dans la fixation d’une barre encore plus élevée, hors d’atteinte du "jeune polynésien moyen".
La solution est encore plus de discipline et et de rigueur de nos maitres et professeurs, dans un accompagnement encore plus poussé des jeunes en difficulté scolaire, dans une responsabilisation des familles…
Car ce pays à la chance de pouvoir s’exprimer dans une langue qui est reconnue comme une langue d’élite ( au bon sens du terme : riche, toute en nuance, complexe, complète, scientifique, culturelle, dense…etc..etc……) au plan international, une langue des élites.
Le document sur la francophonie dans l’émission " des racines et des ailes" était très révélateur : en Turquie, une Université fait l’essentiel de ses cours en français et la future élite turque se bouscule au portillon pour y entrer.
Ne faison pas fausse route : concentrons nos efforts en améliorant l’actuel système éducatif.
Le jeune polynésien est un jeune "normal". Il ne peut absorber que ce qu’un "jeune moyen" de par le monde peut absorber.
Ne le sous-estimons pas, mais surtout, ne l’idéalisons pas trop non plus.
Que notre Ministre de l’Education remette donc les pieds sur terre à ce sujet.
Tout ceci est de bon aloi, le bon sens prime dans toutes ces lignes.
Ajoutons que, dans l’ordre des utopies, le bilinguisme est un mythe. Ne parlons pas du trilinguisme !!!! Un locuteur multilingue va utiliser un idiome suivant un contexte particulier ; ansi vais-je parler anglais au travail et français en famille. Mais ce n’est pas tant la compétence en une langue qui est ici en jeu,si je suis forcé demain de me mettre à l’arabe pour des raisons vitales, mes progrès seront rapides ; de même, on voit partout dans le monde des gens parlant l’anglais de manière approximative sans que cela nuise à leur capacité de communiquer !
Deux choses donc.
1. Apprenons aux enfants à communiquer, d’abord et surtout. L’école fait de nous des savants en grammaire anglaise et paradoxalement, nous sommes de piètres communiquants.
2. La langue permet surtout de se parler à soi-même, c’est à dire de penser. On doit le dire clairement, pas de langue solide, pas de pensée. Langue et pensée sont une seule chose ! Je veux bien en débattre. Les constats actuels sur le niveau de nos jeunes montrent qu’il est urgent de favoriser une langue…pour que les petits puissent penser !!! Mais est-ce le but du gouvernement que d’avoir des sujets qui pensent !!!
Il y a effectivement un risque majeur dans l’approche du gouvernement actuel : la bourgeoisie locale n’a que faire des théories du Ministre de l’Education. Depuis longtemps déjà, elle sait comment faire pour assurer la réussite de sa progéniture.Les filires sont connues et les marge de manoeuvre en métropole ou à l’étranger sont largement utilisées ( école et lycées "côtées", universités de luxe et prestigieuses…etc…etc..
Par contre, l’approche du ministère de l’éducation, si elle s’applique au reste du "peuple" risque effectivement d’aboutir à l’inverse du résultat recherché : fabriquer des générations de "paumés" dans toutes les langues.
Et je rejoins là l’interrogation de Roland : mais est-ce le but du gouvernement que d’avoir des sujets qui pensent ?
A partir de là, la nomenklatura dirigeante sera à l’aise dans un milieu que l’on aura "paupérisé éducativement". Maintenir dans l’ignorance "la masse" peut, effectivement être un but politique comme un autre !
A méditer….
En effet peut etre raisonnent ils comme thrasymaque dans la république de Platon. On revient à ceci : penser pour etre libre.
Voilà des contributions intéressantes, et des pistes de réflexion pour ceux…qui réfléchissent à la politique qu’ ils mettraient en oeuvre, si demain…Chacun est donc concerné.
Qu'en pensez-vous ?