Je voudrais compléter les éclairages de Mana par d’autres éclairages en ce qui concerne cette fameuse liste de produits et services indispensables, car n’en doutons pas, la liste PSI va être LE sujet de discussion de ces prochains jours.

Partons du point de vue que nous sommes, en Polynésie, dans un pays à économie libérale. L’une des lois fondamentales d’une telle économie est la concurrence.

Elaborer et instituer une telle liste de produits et services, qui, je suppose, vont avoir une marge règlementée et plafonnée, c’est déjà reconnaitre que la concurrence n’est pas la règle dans de nombreux secteurs.

Mais a-t-on tout fait pour qu’elle fonctionne plus et mieux ?

Nous sommes dans une économie insulaire de petite dimension, où, par définition, le nombre d’acteurs privés dans nos différents secteurs d’activité est très limité.De même, pour des raisons techniques et historiques, de nombreux monopoles publics et privés, se sont constitués, souvent par volonté délibérée du pouvoir politique. Très souvent aussi, ces monopoles bénéficient d’avantages divers : exonérations, interdictions d’importation de produits concurrents, taxes ( TDL) sur des produits importés concurrents, subventions… Le paradoxe, c’est que, pour beaucoup de produits et services fabriqués ou effectués par ces monopoles, les pouvoirs publics ne les oblige à aucune contre-partie, sous forme, par exemple, de prix et marges règlementées ! Pourquoi ne pas commencer à règlementer dans ces activités qui, par définition, ne sont pas dans un système concurrentiel ?

Au sein de notre économie, les rentes de situation, sous forme de représentation exclusive de marques de produits, pullulent. Les représentants locaux de ces marques captent à leur avantage l’image, la qualité et la notoriété de ces marques.

Dans le gros commerce alimentaire, il est de notoriété qu’une grande enseigne est en position dominante. Où est notre organisme de régulation de la concurrence ? Pourquoi n’avons-nous pas de règlementation sur la concurrence, les ententes et les abus de position dominante ?

Idem, dans le gros commerce spécialisé : très peu d’acteurs se font concurrence. Des chasses gardées et des “modus vivendi” se sont formés à l’abri des regards du grand public. Gare aux franc-tireurs et aux nouveaux entrants : les moyens de les décourager existent et sont utilisés sans vergogne, même si c’est discrètement. Pourquoi, là aussi, en situation d’oligopole, les marges ne sont pas règlementées ?

Je ne parle pas des arrangements en amont, à l’extérieur du Pays, avec les fournisseurs…

En ce qui concerne la liste des PSI, il convient de relativiser :le journal officiel du gouvernement, j’ai cité les Nouvelles, en à “listé” 107. Un nombre de 107 produits, parmi des dizaines de milliers de produits, c’est infinitésimal. On est dans les 0,00… %. N’en attendons donc pas des miracles.

Et là, je rejoins tout à fait Mana à propos de “régime communiste”. Notre petit père des peuples, JD, dans son omniscience, a identifié 107 produits caractéristiques de notre consommation populaire. ( et je ne doute pas qu’il a du se baser sur son expérience personnelle d’acheteur populaire….). A supposer que le principe de l’institution de cette liste soit fondé, ce qui est loin d’être démontré, cette liste, définie pour l’instant sans concertation, aura toujours quelque chose d’arbitraire : pourquoi ce produit et pas celui-là, pourquoi ce service et pas celui-là, pourquoi 107 seulement et pas 200 ou 300… Les discussions seront sans fin. Mais il parait que cette liste est “ajustable”. Qui vivra verra…

Mais ce “raisonnement en liste” aura un effet pervers : ces “PSI” fonctionneront dans la pratique en produits et services d’appel, mais les opérateurs se rattraperont sur tous les autres produits, en cas de système peu concurrentiel. On connait déjà ce mécanisme dans nos hypermarchés : prix d’appel sur quelques produits et “rattrapage” sur tous les autres. Ce principe de la liste risque donc d’accentuer cette tendance.

En conclusion provisoire, je crois que le Gouvernement prend le problème de notre coût de la vie par le petit bout de la lorgnette.

Il aurait dû :

- en premier lieu, établir un diagnostic de la situation : analyse de l’état de la concurrence dans ce pays et identification des obstacles à un bon fonctionnement des mécanismes concurrentiels ;

- en second lieu, règlementer TOUS les prix et les marges des produits et services pour lesquels les opérateurs sont en situation de monopole ou d’oligopole, car c’est loin d’être le cas ;

- en troisième lieu, bâtir un système règlementaire et juridique pour un meileur fonctionnement des mécanismes concurrentiels et doter l’administration concernée des moyens de contrôle ou créer une instance de régulation indépendante ;

- éventuellement, enfin, compléter cet arsenal par une liste de PSI.

Commencer par la fin, c’est à dire, édicter une liste, et ne faire que celà, c’est mettre une emplâtre sur une jambe de bois. C’est rassurer à bon compte une partie de la classe populaire, mais c’est aussi édicter de manière autoritaire un modèle de consommation populaire, ilôt règlementé dans un océan de milliers de prix incontrôlés, certains dans un univers relativement concurrentiel, d’autres dans un univers très peu concurrentiel.

Faire en sorte qu’il y ait beaucoup plus de concurrence là où il y en a pas assez et là où c’est possible, c’est encore le meilleur moyen d’avoir les prix les plus bas. Je n’ai pas connaissance de par le monde d’un autre système plus efficace.