PROFUSION DE SEM : ALTERNATIVE AU CAPITALISME POLYNESIEN ?
Le statut de Société d’Economie Mixte a le vent en poupe dans nos cercles dirigeants : après la SEM “Maeva Nui”, une SEM ” investissements touristiques” a été créée sur proposition du Ministre du Tourisme, Jacqui DROLLET. Pourquoi cette profusion de SEM ? A-t-on besoin de ces béquilles du capital polynésien ( les sociétés de transports de truck en difficulté) ou multinational (la société de gestion du Star Clipper) ? Ne risque-t-on pas de créer des gouffres à subvention pour cause de gestion erratique et de déficits récurrents, à l’instar de la SEM “Tahiti Nui Ravaai” ?
Il faut croire que le Vice-Président a trouvé là SA solution à l’atonie de l’investissement privé et à la morosité économique ambiante, quitte à paraitre mettre une emplâtre sur une jambe de bois. Une substitution à la dynamique capitaliste classique sans avoir tiré les enseignements de l’échec des expériences dirigistes, en quelque sorte.
On peut, en effet,s’interroger : ces SEM sont ou seront-elles des modèles d’efficacité économique ou de productivité ? Car la pratique des SEM, ici ou en métropole, nous démontre plutôt le contraire. Souvent, la direction de ces structures n’est pas confiée à des managers compétents, mais bien plutôt à des “affidés” au pouvoir en place. L’exemple de la SEM SOFIDEP est “édifiant” à cet égard.
De plus, sachant qu’il s’agit d’argent public, par définition abondant, les salariés et les parties bénéficiaires de ces structures ne considèrent pas les impératifs de responsabilité, d’efficacité, de productivité et de rentabilité comme des principes cardinaux d’une bonne gestion. Tant et si bien qu’on laisse “filer la barque” et que la collectivité se voit contrainte de venir au secours de ces structures, jouant ainsi au pompier permanent. Il n’y a qu’à constater les dizaines, voire les centaines de millions de F CFP de créances impayées dues par les bénéficiaires du programme de construction de thoniers piloté par la SEM Tahiti Nui Ravaai pour s’en convaincre.Car tous ces armements savaient pertinemment que les pouvoirs publics allaient bien trouver une solution à leur place sous forme de subventions complèmentaires. Comment, en effet, laisser tomber une structure publique ? Impossible. Et çà, les bénéficiaires le savent et ne se gênent donc pas pour tirer la corde au maximum.
J’estime donc qu’il n’est pas sain de mettre le doigt dans cet engrenage qui vise à multiplier les SEM et à engager ainsi des montants conséquents de l’argent des contribuables. Aller chercher les investisseurs dans le domaine des croisières, comme l’ont fait, en leur temps, nos précédents gouvernements est bien plus prudent et efficace. Savoir retenir les compagnies de croisière présentes est aussi de bonne politique, quitte à améliorer les outils d’incitation.
De manière plus générale, il est souhaitable de laisser les activités économiques aux mains des investisseurs privés. Intervenir ou faire preuve de dirigisme dans le domaine de l’initiative privée, c’est déformer les lois du marché et, souvent, c’est le marché qui se venge. Que peuvent penser les autres compagnies de croisière présentes ici d’une telle immixion intéressée de la puissance publique ? Que peuvent penser les autres sociétés de transport en commun locales, qui ont bien géré leurs affaire à la sueur de leur front, du fait que le Pays vient à la rescousse de la société la moins bien gérée du secteur ( Maeva transport) et que ce même Pays ne respecte pas lui-même le cahier des charges qu’il a édicté il y a quelques années ? Une telle distorsion de concurrence peut être perçue comme une manoeuvre déloyale et produire donc plus d’effets désastreux qu’autre chose.
Non, la création désordonnée de SEM me semble être la fausse bonne solution par excellence. Que les pouvoirs publics créent bien plutôt un environnement favorable à l’investissement et à l’initiative privés, conduise une politique économique vertueuse et il sera récompensé de ses efforts dans ce sens par un climat de confiance, préalable à la reprise de la croissance.
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Commentaires
D’accord avec Le Bop . La profusion des SEM est un gouffre à subventions , le contribuable paye pour ces responsables qui n’y connaissent rien en gestion et qui n’ont pas d’obligations de résultats .
Candidat à l’investissement depuis un certain temps dans un domaine qui est en crise , mes idées pour essayer d’en sortir n’interressent personne .Que ce soit au Territoire , les responsables locaux ou même au SEFI pour des emplois . Décourageant …
Certain qu’avec ces créations de SEM , le climat politique et l’absence de volonté d’interesser les investisseurs privés l’économie polynésienne ne décolera pas …
Qui SEM le vent…va récolter la tempête !
Où plutôt, c’est encore le peuple qui va payer pour ces structures publiques qui , c’est sûr, ne seront pas performantes.
On va déjà placer les copains, sauver les coquins qui ont mal géré leur boite (comme la société Maeva Transport qui est vraiment un scandale "ambulant" à elle toute seule).
Il faut arrêter cette gabegie qui coûte et qui va encore coûter des centaines de millions de F CFP aux cochons de contribuables que nous sommes.
Cette floppée de taxes et de nouveaux impôts, c’est pour faire çà ?
Il y en a marre !
En ce qui concerne la SEM Maeva Nui, au lieu d’une réforme d’envergure, au lieu de l’annonce, par exemple, de la création d’une grande régie de transport public avec des bus « api », avec des horaires fixes, connus et respectés, avec de nouvelles lignes dans les hauteurs, avec des bus de nuit et le week-end, on nous propose la création d’une SEM ayant pour objet premier, selon les propos tenus par le représentant du ministère en charge des transports, « de régler les dissensions au sein de la société Maeva transports ».
Il s’agit donc de faire gérer par la nouvelle SEM, à la place de la société Maeva Transports, le service public du transport collectif que la Polynésie française lui avait confié en 2001 !
Cette gestion serait confiée à la SEM par subdélégation.
En clair, pour la première fois à notre connaissance, le Pays récupère indirectement via une SEM la gestion d’un service public qu’il avait concédé à une société privée…
Cette récupération est en soi « extraordinaire », tant au plan juridique que pratique et ne constitue pas un mode de gestion normal et sain de nos services publics.
Il sera, à cet égard, souligné que cette récupération dictée par des dissensions au sein du concessionnaire est coûteuse en deniers publics.
En l’occurrence, l’argent public vient régler des conflits d’intérêt au sein d’une société privé !
Cette démarche ne nous semble vraiment pas très claire ni saine.
En outre, rien ne nous permet d’assurer que cette subdélégation est légale dans le mesure où elle ne serait pas prévue au contrat de concession et qu’elle vient, en cours de contrat modifier, après coup et substantiellement, les conditions dans lesquelles s’est déroulé l’appel d’offres qu’avait remporté la société Maeva transport.
Pas trop d’accord avec ce qui vient d’être écrit.
Certes certaines SEM sont des usines à gabegie. Mais dans certains cas, les capitaux publics ont permi de mettre en place des activités sur lesquels les investisseurs privés n’auraient pas misé.
Exemple : Jus de fruits de Moorea,
Air Tahiti, Air Tahiti Nui, la SDAP etc…
Certaines ont été privatisées et d’ailleurs, il convient que le politique impulse la voie et quand çà marche, le développement des SEM doit être rendu au privé.
Comme le dit "amateur de SEM", certaines SEM ont été privatisées et marchent bien. La relation de causalité ne serait-elle pas dans ce cas : c’est par ce qu’elles ont été privatisées qu’elles marchent bien ? Peut être faudrait-il rajouter : parce qu’elles étaient ou sont des monopoles qu’elles marchent bien ?
Pour Air Tahiti nui ( 2 ou 3 milliards de F CFP de déficit : pas encore de communication précise à ce sujet), il faudra attendre encore un peu. Notre compagnie n’a pas encore réussi à "éliminer" Air France ou Air New Zealand, malgré les peaux de bananes. Peut être que celà n’est qu’une question de temps ?
Il ne faudrait pas aussi que ces sociétés marchent bien parce qu’elles nous -nous consommateurs- auront considéré, derrière leur monopole, comme des cochons de payants…
Pour Air Tahiti, je demande des précisions. Il me semblait que cette compagnie était une filiale d’UTA à une certaine époque. Et qu’elle a été "rachetée" sous la pression du Pays.
Jus de fruits de Moorea et SDAP, n’auraient jamais été créées sans fonds publics (Air Tahiti Nui non plus d’ailleurs. A un momment donné, la puissance publique avait atteint ses limites en matière de gestion mais les sociétés étaient saines pour preuve qu’elles ont été rachetée par le privé, le Pays faisant une bonne plue value au passage.
Pour Air Tahiti Nui, il est peut être trop tôt pour passer à cette phase mais il va falloir le faire.
Quant à Air Tahiti, c’était Air Polynésie la filiale d’UTA qui était en difficulté. Le Pays a remis les fonds pour la relancer parce que ce secteur était essentiel à la bonne marche du pays. Après le redressement réussi, le pays s’est désengagé du capital.
Pour Air Tahiti, c’est donc socialisation des pertes ( quand il y a des pertes…) et privatisation des bénéfices (lorsque la période des vaches maigres est passée…). Donc pour les investisseurs à l’affût, l’après SEM est un jackpot assuré : à tous les cas l’on gagne…
C’est dommage que je n’ai pas quelques milliards devant moi pour racheter Air Tahiti Nui une fois qu’elle aura été renflouée à coups de milliards par la collectivité !
On apprend qu’une nouvelle SEM va voir le jour dans le domaine des énergies renouvelables. C’est un "tir groupé " en faveur des SEM, ma parole…
En plus, on apprend que le conseil des ministres a débloqué 2 millions de F CFP pour la formation de l’encadrement de ces SEM ! Ah bon ? Ils sont si incompétents que celà pour aller en formation ? ça promet pour la gestion au quotidien de ces SEM, dites-donc.
Je trouve en plus que cette décision est un peu bizarre. Ces SEM n’ont actuellement pas chacune quelques centaines de milliers de francs à affecter à la formation permanente de leur personnel, ne reçoivent-elles pas assez de centaines de millions de francs CFP chaque année… pour que le Pays vienne encore à leur rescousse en leur allouant un budget de formation ?
Je trouve que c’est n’importe quoi.
On devrait tous plutôt les envoyer en formation à Air Tahiti Nui pour demander à Nelson LEVY ce qu’il ne faut pas faire en matière de gestion. C’est un spécialiste en la matière: 1,8 milliard de déficit en 2005, c’est très formateur et très enrichissant ( pas pour le Pays, malheureusement) comme expérience. Surtout qu’aux dernières nouvelles, il aura un peu plus de temps devant lui. Monsieur POMMIER a décidé de faire un peu plus de boulot à sa place….
On vient d’apprendre que le gouvernement va créer encore une énième SEM dans le domaine des énergies renouvelables ! Comme si on ne pouvait pas inciter des société privées à s’engager dans ce domaine où la Polynésie est dotée de pas mal d’atouts…
J’apprend aussi qu’une dotation de 2 millions de F CFP a été décidée par le Gouvernement pour former l’encadrement des SEM actuelles.
D’abord, on peut s’étonner de cette décision: est-ce à dire que cet encadrement n’est pas suffisamment compétent ? Alors pourquoi l’avoir choisi et mis en place ? Inquiétant pour la gestion de ces SEM.
En général,on forme avant, mais pas après…Et les managers de ces SEM font leur affaire de leur formation avant recrutement, d’où leur salaires très élevé.
A supposer qu’il s’agisse de formation permanente : soit. Mais, je suis surpris que ces sociétés, dont certaines gèrent des centaines de millions de F CFP, soient incapables de dégager sur leur budget les quelques centaines de milliers de F CFP dont elles ont besoin pour la formation interne de leur personnel.
Même là, il faut que le Pays les aide ! C’est assez scandaleux.
Mais le management de ces sociétés ne s’apprend pas en quelques heures ni en séminaires pour la galerie.
On les évaluera au résultat le moment venu.
Réaction de Christine BOURNE (tahiti today) sur la SEM qui va porter à bout de bras le Star Flyer ;
"Pourquoi n’y a-t-il aucune réaction à cette imposture qu’est l’arrivée de ce bateau de croisière de luxe appartenant à la société Star Clippers que nous payons 80 millions par mois pour venir dans nos eaux et, comble du cynisme encore, auquel nous confions, la gestion moyennant quelques millions supplémentaires tout en assurant nous-mêmes, c’est-à-dire le gouvernement, la promotion ? Excellente affaire pour cette société. Le sera-t-elle pour la Polynésie ?
Par le passé, les bateaux de croisière payaient le territoire pour qu’il accepte de faire flotter leurs pavillons dans notre périmètre liquide. C’est le monde à l’envers aujourd’hui ! Et le grand silence médiatique sur la tromperie largement diffusée à la gloire du ministre en question qui aurait réussi le tour de force d’attirer le Star Flyer devient alors pathétique. Il faut croire que nos rivages ne sont pas si attractifs que cela pour que Jacqui Drollet soit obligé d’allonger les picaillons à cette hauteur là. On en est presque arrivé à payer les touristes pour qu’ils consentent à choisir la destination Polynésie. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser…"
Sur le fond, elle n’a pas tort.
BOURNE n’a peut être pas tort, mais sous le précédent gouvernement, les avantages accordés à Renaissance Cruise n’étaient pas négligeables. Des conditions renégociées en leur faveur courant 2000, la société menançant de partir. Des mesures utiles mais insuffisantes. Déjà à l’époque la compagnie connaissait de sérieures difficultés financières. Elle fait partie de ces compagnies dont on soupconne qu’elles ont pris prétexte du 11/09/01 pour se mettre sous la protection de la Loi US sur la prévention des faillites…Cachant par là une gestion antérieure déjà chaotique.
Sur le coup, créer une SEM propriétaire des navires n’est pas forcément stupides. On l’a bien fait pour les avions. Mais reste la question de la gestion. Louer à vil prix, il pourrait intéresser une compagnie gestionnaire qui même avec un taux de remplissage peu élevé serait rentable.
Le pb est que ce raisonnement appliqué aux hôtels a été peu productif, la qualité du service s’en étant fortement ressentie.
Un banquier de la place m’inidquait a qu’avec le cumul des aides publics (défis° incluse), le seuil de rentabilité de certains hôtels était atteint avec un taux de remplissage de 17%.
A ce niveau là, plus besoin de faire des efforts sur le service…
Pour éviter ce genre de dérive pour l’hôtellerie flottante, il faudra être rigoureux sur le cahier des charges de la société gestionnaire.
Rigueur et professionalisme… des mots trops souvent tabu en Polynéseie dans le secteur touristique où l’amateurisme le dispute souvent à la conviction que l’argent s’y gagne facilement avec peu d’effort et un investissement personnel minime..
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