La quête syndicale
Depuis 1995, le syndicalisme polynésien semblait avoir résolu sa crise d’adolescence, et vaincu son complexe d’œdipe. Dix ans plus tard, le syndicalisme de rue se bureaucratise, et devient le bras droit du politique. Aujourd’hui, c’est à coût d’inflation de mesures gouvernementales, et de pamphlets syndicaux que la croissance sociale évolue au rythme du statu quo. A l’autre bout de table, les minorités réclament davantage de reconnaissance et fondent, certes inconsciemment, leur intention de vote.
Soyons francs, et surtout honnêtes, les syndicats gèlent la virtuosité d’un possible cercle de croissance
La grève qui a pris forme à la SAT NUI est, par sa forme très originale. Il était bien entendu nécessaire de mener des négociations, même si la bataille était gagnée d’avance. S’affranchir de stratégies aussi burlesques, par une mise au pied du mur de la 1ère infrastructure du territoire, dénote du pathétisme syndical et de ses meneurs à mener des négociations fécondes, plus que le désir ardent d’abattre la carte de la paralysie statutaire. Les syndicats ne doivent pas s’arguer de grève pour imposer leur force dans le dialogue social. Soyons francs, et surtout honnêtes, les syndicats gèlent la virtuosité d’un possible cercle de croissance, en canonisant les salariés comme les heureux élus de la croissance sociale.
Loin de cet idéal type, qui nous inspire et nous fait rêver, se meut une société en panne de mobilité, figée sur ses vices. Elle semble, après une longue léthargie, s’être promis de redistribuer équitablement les fruits de la croissance. Te Autaeaeraa allait, semble t-il, dans ce sens. Mais aujourd’hui, c’est tout un peuple qui est réduit à la sujétion syndicale et le sacralise comme justicier social. Et à l’heure où le syndicalisme flirte publiquement avec le politique, à l’image de Ronald Terorotua aujourd’hui, il faut tenter de préserver la société de tout dérapage.
Car depuis quelques mois, c’est à coup de matraquage verbal et de revendications disparates, que les syndicats corrompent l’esprit des petites gens, dissipées par la dissymétrie de l’équité sociale, effrayées par la décrue de leur pouvoir d’achat.
Ils ont très certainement le droit d’être dubitatifs et même perdre espoir dans l’inexorable arrivée de cet ascenseur social que le politique s’émoustille tant à vanter, aujourd’hui bloqué au sommet de la pyramide sociale. Cependant La confiance n’exclue pas le contrôle.
Néanmoins, derrière ce durcissement syndical, il convient de mentionner la nécessité de son action, celle de favoriser l’ascension des victimes du système, et de les protéger de la précarité qui les observe et les convoite. C’est ainsi que l’on minimise les dégâts structurels d’une croissance économique irrégulière, qui ne suffit pas à entraîner des synergies en faveur d’une nouvelle donne sociale.
L’action syndicale reste salutaire, et nécessaire, tant qu’elle reste uniquement corrompue par sa propre cause, celle de défendre les droits de ses salariés.
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