Pour ou contre l’équilibre budgétaire ?
Le budget de la Polynésie française à une caractéristique :il doit obligatoirement s’équilibrer (que les charges soient donc égales aux produits). Ce qui implique que, chaque année, il doit y avoir une projection budgétaire qui inclue toutes les dépenses du territoire et ce qu’il reçoit de sa fiscalité, et de l’Etat, ainsi que ses investissements publics. Ce budget prévisionnel peut être soumis au Conseil d’Etat en cas de contestation. Ce dernier l’accepte ou le réfute, suivant qu’il soit équilibré ou pas. Il ne faut pas confondre l’équilibre comptable (qui est obligatoire car tout flux entrant inscrit un flux sortant.) avec l’équilibre Budgétaire. Voyons au niveau macro économique ce que veut dire équilibrer un budget national. Est-ce réellement bon pour la Polynésie ou est-ce un frein au développement économique du pays ? Nous allons le voir ci-après…
- Pour un budget équilibré
Présentons les hypothèses et arguments qui seraient en faveur d’une économie équilibréz
1)Le déficit constant
Un déficit budgétaire qui perdure accroît de plus en plus la dette publique, car le fait d’avoir un déficit long, entraîne une obligation d’emprunter, par exemple en vendant des bons du trésor, qui sera remboursé plus tard avec des intérêts. Donc le service de la dette augmente et devient lui-même une cause de déficit.
2)L’épargne nationale baisse
L’épargne nationale est l’épargne des ménages additionnée à l’épargne publique. Le fait qu’il y ait un déficit accru par rapport à l’année précédente, entraîne une baisse de l’épargne nationale –Et tout s’enchaîne- cette baisse significative fait baisser l’offre des fonds prêtables sur ce marché, donc fait déplacer la courbe d’offre vers la gauche, la demande étant décroissante, le taux d’intérêt d’équilibre augmente. Comme les taux d’intérêt augmentent, la thésaurisation augmente et les investissements privés chutent. Il y a moins de consommation et moins d’investissement => récession + chômage. On l’appelle l’effet d’éviction.
3)Les impôts futurs
Le fait d’emprunter crée de l’impôt futur pour rembourser la dette de l’Etat. La génération future supporte donc le déficit présent.
- Contre un budget équilibré.
1)L’effet multiplicateur
Une dépense publique forte apporte un effet multiplicateur qui est lié à la vélocité de l’argent ainsi qu’à la proportion marginale à consommer. Un fort investissement public crée du travail pour les entreprises privées, qui elles-mêmes, redistribuent un salaire à leurs employés. Suivant qu’ils consomment peu, moyennement ou beaucoup, l’effet multiplicateur sera moyen, fort ou très fort. En fait, si le déficit public est de 20 milliards de F CFP et s’il y a 6 milliards F CFP d’investis, et que le multiplicateur est de 2.6, alors l’investissement génèrera 6×2.6=15.6 milliards.
L’expérience dit que l’effet multiplicateur est plus fort que l’effet d’éviction. Donc en relatif, l’économie est en croissance.
2)L’équilibre en choc externe
Lorsqu’il y a un choc d’offre externe par exemple, un choc pétrolier, le fait d’avoir un budget équilibré ralentit l’activité économique : il y a stagflation. Il y a une diminution des recettes (stabilisateur automatique de Keynes) qui cause une baisse des dépenses, et donc une baisse de la demande globale.
3)La dette réelle
Même si la dette reste constante, la proportion qu’elle aura dans le budget du pays augmente plus que proportionnellement, si le budget est équilibré. Par rapport aux impôts futurs, la génération future profitera aussi des investissements publics passés. Le rapport entre les impôts à payer et l’augmentation du niveau de vie va augmenter.
A vous de vous faire à une idée. A mon sens, il est préférable pour un pays d’avoir un budget qui peut être déficitaire, sachant que les coûts d’un déficit sont relativement moindres par rapport aux bénéfices qu’ils procurent. Mais attention, il faut avoir des politiciens très passionnés et très forts : de vrais gestionnaires…
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Commentaires
Voici une identité de comptabilité nationale, c’est à dire une équation nécessairement vraie en fin d’année,
Qui met en relation (le déficit budgétaire, la balance commerciale, et le solde épargne / investissement.
S = Epargne
I = Investissement
T = recette du gvt
G = Dépenses du gvt
X = exportations
M = importations.
Voici l’identité comptable :
(S-I)+(T-G)= (X-M)
Actuellement, en Polynésie, l’identité comptable peut se résumer à : (S-I)= (X-M) dans la mesure où il y’a équilibre budgétaire, donc (T-G)=0.
Or, nous savons que (X-M) est déficitaire, car notre balance commerciale est déficitaire. Donc (S-I) est forcément négatif, avec des investissement supérieurs à notre épargne intérieure.
Considérons maintenant l’identité comptable avec déficit budgétaire.
Par définition (T-G) serait négatif.
Avec une relance budgétaire, l’épargne baisse et l’investissement augmente; (S-I) devient dès lors davantage négatif.
Dès lors (X-M) doit forcément être davantage négatif; la balance commerciale devient donc davantage déficitaire avec un déficit budgétaire.
Donc, la relance favorise les importations –> dés lor, l’effet du multiplicateur sur notre économie sera faible, voire insuffisant pour relancer la demande intérieure. Il relancera davantage la demande extérieure. La relance de 82 en France à été, pour cette raison, un échec.
De plus, si l’on considère les anticipations adaptatives des agent, l’effet d’une relance par le multiplicateur sera négatif : en effet, selon Barro, un déficit budgétaire provoque une équivalence ricardienne : les agents anticipent sur une hausse future des impots et donc reportent leurs dépenses dans le temps. L’effet multiplicateur est encore amoindri.
Sans parler du fait qu’un déficit budgétaire avec relance peut créer de l’inflation et donc nuire davantage à notre compétitivité.
Dès lors, ne peut on pas se passer d’un déficit Budgétaire ? C’est à dire commencer par allouer plus efficacement nos ressources existantes : la dgde et autres investissements du gvt ? Car pour le développement, ce n’est pas tant la quantité d’investisssement qui compte, mais la pertinence de ceux ci, pour pouvoir générer une croissance endogène, et non forcement pour créer un effet multiplicateur qui n’est même pas surement efficace à court terme, alors qu’a coup sûr, nous payons le prix du déficit budgétaire à moyen terme.
De plus, je rejoins ta réserve. Il faudrait être sûr que le Gvt n’utilise pas ce déficit pour financer des coûts de fonctionnement. Souvenons nous qu’il a été tenté de le faire sur la DGDE.
Donc personnellement, je suis contre un déficit budgétaire; je n’en vois pas l’utilité.
Mon père me disait, quand j’étais étudiant : "Sciences économiques n’a de sciences que le nom!"
Les théories économiques sont basées sur un noyau de bon sens et un enrobage de débilités mathématique dont on tire des résultats complémtement déconnectés de la réalité.
Gardez de la distance, une distance critique, par rapport à ce que l’on vous apprend dans vos belles fac’.
Sur l’histoire du multiplicateur, Pépé tama a raison. Chez nous, l’essentiel du pouvoir multiplicateur stimulera l’économie des NZ, AU et US, puisque nous ne produisons rien. Mais l’impact sur les prix sera lui significatif.
J’ai fait un BAC S, et je vois une différence entre la physique et l’économie, que la nomenclature…
J’aurait deux petite question, l’effet multiplicateur est moindre en PF, Veux-tu dire que le chiffre de 2.6 (ou 2.7) est érroné ?
Par rapport à l’anticipation, nous sommes quasiment dans un paradis fiscal, est-ce que l’anticipation ne sera pas moins forte que dans un pays ayant une forte fiscalité (cf : France)? Dans le sens ou dans les esprits polynésiens, la fiscalité est moins présente?
Bravo Mana et pepe tama ! Juste un détail: le taux d’intérêt ici ne dépend pas du déficit budgétaire ici, ni même du déficit français, mais de la politique budgétaire européenne et de la banque centrale européenne, donc il n’est pas affecté par un déficit local (pas plus qu’en Corse…).
Idem pour l’inflation: elle est largement "importée", au sens où les prix des importations déterminent les prix locaux, sauf dans les services et la construction, secteurs protégés.
Dernière observation: à quoi bon "relancer" par un déficit ici ? Il est clair que le seul problème du péi depuis 10 ans, c’est qu’il n’arrive jamais à dépenser tout l’argent qu’on lui donne ! L’argent coule à flot dans les ministères, le seul problème est de savoir comment le dépenser ! Les autorisation de paiements non utilisées sont gigantesques….Ce sont plutôt les (bonnes) idées, et surtout la suite dans ces idées, qui manquent que l’argent pour les financer. Regardez tous ces merveilleux thoniers achetés en Chine et qui rouillent doucement dans le port (effet multiplicateur: zéro) ! L’économie polynésienne souffre plutôt d’un excès d’argent public que d’une pénurie !
Merci d’etre passé par la monsieur Poirine ! =)
Jean, bien entendu le regard critique est nécéssaire sur tout. Néanmoins ici je ne partais non pas d’une théorie ou quoi que ce soit mais d’une simple identité comptable.
De plus j’ajouterais que la science économique n’a pas de science que le nom. Aussi le regard critique sur une science doit etre affiné non pas par une mise en garde du papa mais peut etre par la philosophie des sciences.
C’est justement du fait que l’économie se trompe parfois qu’elle peut etre considérée comme une science ! En effet c’est le critère premier pour définir une science : le critère de falsifiabilité de Karl Popper! Une théorie doit etre falsifiable, si elle ne l’est pas cela relève du dogme. Aussi les erreurs de l’économie ne montrent pas qu’elle n’est pas une science : au contraire.
Dès lors soyons heureux, contrairement a bernard Maris dans son antimanuel d’économie, que le meilleur economiste soit celui qui explique magistralement le lendemain ce pourquoi il s’est trompé la veille ! C’est ainsi que la science avance.
Méfions nous ensuite du bon sens; celui ci peut nous faire dire tout et son contraire! en effet le Bon sens peut se trouver a postériorie et non à fortiori. Voir le texte d’introduction du sociologue; ah merde g oublié le nom, demain je range ma chambre je te le dirais.
Ensuite on reproche à l’économie de simplifier le réel par des hypothèses. L’école de la regulation a elle essayé d’apréhender le réel dans sa complexité la plus totale : résultat on n’a rien pu tiré de ses modèles; inutilisables ! En effet qu’est ce qui est préférable lorsqu’on donne un plan a qq qui doit venir dejeuner chez nous ? QUe ce plan illustre le moindre arbre , le moindre gravier ou que bien que simplifier il permette de manière efficace de trouver la maison ? La réponse est dans la question ; la simplicité des models n’est pas forcement un défaut.
Des lors; d’accord pour le regard critique mais l’affirmation, l’économie n’est pas une science mérité elle aussi ce regard critique =)
Si l’inflation est largement importé, pourrat on avoir un jour une inflation inférrieur aux autres pays ?
Pour répondre à Mana, tout dépend de la capacité de négociation des importateurs et du caractère concurentiel ou du non du marché local.
Le contexte local n’étant pas porteur en la matière, disons que dans notre économie où on ne tranforme pas grand chose, un accroissement de productivité ne servira à rien.
Il reste la possibilité de moduler les taxes indirectes (quand celles-ci représentent une part importante du prix, ce qui est le cas ici) et de récupérer la perte fiscale en pressurant les importateurs via l’impôt sur le bénéfice. Cela permet de contourner le pb de l’absence de concurrence pour peser sur les marges des importateurs via la fiscalité.
C’est dur, je sais. Mais quand les acteurs économiques ne jouent pas le jeu, c’est à l’arbitre de sortir son carton rouge. Et l’arbitre entre consommateurs et importateurs/distributeur, ça devrait être le Gouvernement.
Ca devrait…
Sur l’aspect "sciences" des sciences économiques, Pépé tama, c’était une boutade, ma famille étant une famille de scientifiques purs. Pour eux les sciences humaines sont trop subjectives (trop humaines?) pour être des sciences.
Il est vrai qu’à la différence des sciences dites dures (math, physique, chimie), une expérience n’est pas reproductible en économie.
Par ailleurs, chaque chiffre correspond à une norme et quand tu regardes une série temporelle sur plusieurs décennies, il faut garder à l’esprit que la réalité sou-jacente n’est plus la même. Rappelle toi ce fameux "toute chose égale par ailleurs". Et bien sur une série temporelle longue (et longue, ça peut être seulement quelques années!)ton "toute chose égale par ailleurs n’existe plus".
Juste un exemple : Quand tu regardes l’évolution du taux interbancaire en France de 1990 à 2004, l’introduction de l’euro en 1999 a complétement modifié les niveaux et la volatilité suite à l’intégration des marchés interbancaire de la zone euro.
Ce qui fait que quand on fait des simulation de taux, on remonte rarement au-delà de 1999, tant la création de la zone euro a modifié la donne sur le marché de l’argent et des devises.
20/20 à Pepe Tama: c’est parce qu’elle simplifie le réel que l’économie est une science. Quand le modèle fait de fausses prédictions, on en change… mais sans modèle, pas de théorie, sans théorie, pas de vérification, sans vérification pas de science. Faute de se plier à cette loi, le marxisme est devenue une religion plus qu’une science, avec les résultats que l’on sait sur le plan économique (sauf en Chine où on l’a discrètement abandonné comme théorie économique).
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