L’avenir de la perle de Tahiti ne sera assuré que par la solidarité entre les producteurs

Par lebop • 13 May 2006

La perle de Tahiti, notre principale ressource à l’exportation, traverse depuis quelques années une crise dont la raison principale se situe dans le déséquilibre d’une offre, qui a crû longtemps de plus de 10 % par an, alors que la demande internationale, pourtant dynamique, ne croissait que de 5% par an.Ce déséquilibre a, bien sûr, provoqué une baisse continue des prix et la disparition massive des exploitations perlicoles les moins performantes. On en est arrivé à la situation paradoxale suivante : plus de travail, plus de productivité, plus de production pour chaque ferme, et ce, pour une rémunération de moins en moins importante. Malgré le léger accroissement des prix constaté depuis moins de deux ans, il est impératif de sortir de ce cercle vicieux et la solution ne sera que collective.

L’individualisme des producteurs qui a prévalu et qui prévaut toujours dans la filière a conduit à un résultat collectif contraire aux objectifs et aux attentes de chacun :une production de perles, certes, en forte croissance, mais une rémunération beaucoup plus faible de chaque unité produite. A la base, une règle fondamentale dans l’ECONOMIE DU LUXE avait été oubliée : maintenir la rareté pour maintenir et accroitre la valeur. Dans ce but, il convenait de contrôler colllectivement et réguler les quantités produites de perles ainsi que leur qualité.

Or, un rythme de production longtemps supérieur à la croissance de la demande ne pouvait qu’aboutir au résultat constaté, à savoir une dégradation inexorable de la valeur de notre joyau sur le marché international. Car la somme des intérêts individuels n’a pas conduit à l’intérêt général.En 1999, la Polynésie française vendait 12 fois plus de perles que l’Australie, mais à un prix 8 fois moindre, pour des recettes totales supérieures de seulement 11%. Numéro Un mondial, certes, mais au prix d’une débauche d’énergie et d’efforts de la part de nos producteurs qui s’estimaient, à juste titre, peu payés en retour.Ces derniers vivaient une situation paradoxale et un cercle vicieux : plus de travail, plus de production, moins de rémunération. Et l’année suivante : encore plus de travail pour compenser la baisse de valeur par une production accrue…. Logique infernale à laquelle de nombreux producteurs n’ont pas résisté.

En effet, s’il est un domaine où la liberté d’entreprise s’est exprimée, c’est bien la perliculture : plusieurs centaines d’exploitations perlières ont vu le jour et se sont développées dans un contexte relativement anarchique ( concessions maritimes exagérées,surexploitation des lagons, densité d’exploitation, difficultés de contrôle…). Et la difficulté se situe justement dans le très grand nombre d’acteurs à convaincre de dépasser le chacun pour soi, à encadrer et à organiser.Ceci pour recréer le cercle vertueux : limitation de la production, amélioration de la qualité, ajustement à une demande toujours importante par des stratégies commerciales appropriées, avec, au bout du compte, un prix de la perle nettement réévalué pour un moindre effort sur le terrain.

Plusieurs options ont été envisagées : intauration d’un organisme de commercialisation unique centralisant l’offre, capable de maintenir les cours de la perle en sélectionnant et en appariant les perles vendues ;une autre option avait, à un moment donné, le vent en poupe : la création de 2 ou 3 centrales d’achat visant à prendre en compte la diversité existante des groupements de producteurs ( représentatifs des “gros”, des “moyens” et des “petits” producteurs); création d’un label de qualité et d’un bureau d’expertise officiel, de manière à mieux valoriser sur le marché mondial les perles de bonne qualité ;système de quota par ferme; création d’une maison de la perle…Les solutions avancées par les experts existent. Restent la volonté et le courage d’enclencher cette discipline collective face aux groupes de pression et aux intérêts corporatistes contradictoires.

L’enjeu : conserver une image de luxe pour la Perle de tahiti sur le marché mondial en étant intransigeant sur la qualité et modifier le rapport de forces actuel qui est trop à l’avantage des négociants et des gros clients internationaux. Car ces derniers captent l’essentiel de la valeur en profitant du morcellement de la production et de la division de nos producteurs qui, eux mêmes, s’engluent dans des rivalités de clocher complètement dépassées dans le contexte actuel.

Le défi : surmonter l’individualisme et l’égoïsme viscéral de la profession.Compter cyniquement et uniquement sur la loi de la concurrence et la disparition des plus faibles n’est pas la solution, bien que celà soit l’arrière pensée de nombreux responsables et acteurs.

Car il est indispensable que les pouvoirs publics fassent prévaloir l’intérêt collectif face aux intérêts particuliers de chacun.

Alors, à quand un vrai “Taui” pour notre secteur phare à l’exportation par la mise en oeuvre d’une ou de plusieurs options citées ci-dessus?

Commentaires

Par Patrick le 13 May 2006 at 20:19

Aujourd’hui, la perliculture occupe une place primordiale dans l’économie polynésienne : premier secteur exportateur (71% des exportations locales en valeur en 2004), elle fait vivre environ 5 000 personnes et a participé à l’aménagement du territoire en inversant les flux migratoires des îles éloignées vers Tahiti.

La croissance exponentielle du secteur à partir des années 80 s’est heurtée au tassement de la demande dès 2000.

Les mesures à mettre en place sur l’ensemble de la filière pour assurer une nouvelle croissance viable ont été mises sur la table. Reste effectivement à figer le plan de bataille et à le mettre en oeuvre sans attendre.

Par Antonio le 13 May 2006 at 20:26

Opéré entre 2002 et 2003 par le Service de la perliculture, le
recensement général a dénombré et cartographié les surfaces exploitées sur une trentaine d’îles et atolls. A l’heure actuelle, les
pouvoirs publics étudient la mise en place d’un Système informatique géographique (SIG) pour les concessions.

En ce qui concerne les exploitations, coexistent actuellement 762 producteurs de perles et 880 d’huîtres perlières dont certains cumulent les deux activités.

La délibération n° 2002-51 APF du 27 mars 2002, qui réglemente
la profession, pose deux conditions à son exercice : l’autorisation
d’occupation d’une parcelle du domaine public maritime d’au
moins un hectare à des fins perlicoles et la détention d’une carte de producteur délivrée par le Service de la perliculture. Cette
dernière, valable pour cinq ans, n’est octroyée qu’aux personnes
justifiant d’une aptitude et d’équipements pour la perliculture.

Par Georges le 13 May 2006 at 20:28

Par comparaison, la perliculture en Australie est le fait d’un nombre réduit de compagnies, seulement 20, réparties sur deux régions, auxquelles sont attribués des quotas d’huîtres à greffer. La production est donc limitée à moins d’un million d’unités par an, ce qui incite les producteurs à maximiser leur productivité et la qualité de leurs perles.

Les recettes d’exportations australiennes de perles brutes ont atteint US$ 77 millions en 2003, représentant 18% du marché mondial (US$ 105 millions pour plus de 6 millions de perles en Polynésie française). En outre, l’Australie se classait parmi les premiers exportateurs de perles travaillées (US$ 153 millions) et d’ouvrages en perles (US$ 2 millions).

En effet, face à la concurrence de nouveaux producteurs à bas prix (Indonésie), certains perliculteurs se sont diversifiés vers la bijouterie, tel Paspaley le plus important d’entre eux, qui organise lui-même ses propres ventes aux enchères (Hong Kong, Japon).

Par Pascal le 13 May 2006 at 20:34

On peut aussi renforcer le contrôle du volume et de la qualité des
nuclei importés, des greffes et des exportations de perles pour ensuite pouvoir croiser les données.

Certains acteurs recommandent même de cesser de rémunérer les rebuts pour encourager l’amélioration des
processus de fabrication et éviter la constitution de trésoreries factices pour des exploitations
non performantes.

La revalorisation des prix de vente dépend, en premier lieu, d’une limitation quantitative de la production et, en second lieu, de la sélection des produits.

On peut penser qu’il y a un consensus sur cette idée.

Par Heiata le 13 May 2006 at 20:38

La Perle de Tahiti est issue de l’huître à lèvre noire ou pinctada margaritifera (variété cumingi en Polynésie française), qui se
trouve dans toute la zone indopacifique.

La Polynésie française assure 90% de la production mondiale ; les 10% restants sont partagés entre quelques îles du Pacifique comme les Cook ou les Marshall et le Japon (Okinawa).

Il est quand même incroyable qu’avec ce quasi-monopole, les acteurs de la filière dilapident cet avantage en jouant chacun pour soi.

Par Teihotu le 13 May 2006 at 20:43

Centraliser les ventes est effectivement une des solutions préconisées pour permettre d’effectuer un tri des perles en fonction de leur qualité, pour les affecter au marché qui leur correspond (joaillerie ou bijouterie).

Pour répondre à cet objectif, le gouvernement a annoncé il y a quelques mois la création d’une «Maison de la perle ».

Malheureusement,les modalités
de fonctionnement de cette maison de la perle ne sont pas encore connues et on ne sait même pas si une suite sera donnée à ce projet.

Par Joseph le 14 May 2006 at 17:12

A propos de concurrence, l’industrie perlicole de Fidji est en plein essor, mais la plupart des fermes perlicoles sont encore largement subventionnées par le gouvernement. Le but est de créer une industrie de la perle de culture similaire à celles de Polynésie française et des îles Cook. Les fermes perlières, gérées par des fidjiens pour la plupart, sont construites sur le modèles de leurs homologues polynésiennes.

Perles Aujourd’hui, l’industrie perlicole de Fidji est estimée à 7,5 millions de dollars. Le gouvernement souhaite atteindre une valeur de 50 millions de dollars en 2015. Le responsable de la recherche du département de la pêche et de l’aquaculture, Aisake Batibasaga, pense que ce but peut être atteint dans les 5 prochaines années.

"Nous ne souhaitons pas cependant nous développer trop rapidement, nous préférons développer la perliculture dans les autres provinces." Aujourd’hui, la perliculture est concentrée dans la province de Cakaudrove (île de Vanua Levu), et une ferme a récemment été créée sur l’île de Malake dans la province de Ra (nord de l’île principale, Viti Levu). "Nous avons voulu concentrer nos efforts dans une province, et une fois notre expérience couronnée de succès, nous développerons nos activités dans d’autres secteurs." explique Batibasaga.

Il y a d’autres fermes plus petites sur Savusavu, Taveuni, Nakobo et Mali Island dans la province de Macuata, et Galoa Island dans la province de Bua.

Le Département de la Pêche et de l’Aquaculture a également reçu une proposition pour démarrer une ferme perlière à Vuna (province de Taveuni). Le Département envisage également de lancer la perliculture à Lomaiviti, Kadavu and Vanuabalavu (province de Lau).

L’un des plus importants challenges pour le Département est le manque d’infrastructures. "La plupart des ces perliculteurs sont des locaux et ont été largement subventionnés par l’état." explique Batibasaga.

Les perliculteurs de premier niveau (ceux qui possèdent entre 3.000 et 10.000 mollusques dans leurs fermes) ont besoin d’un capital de départ de 20.000 à 30.000 dollars, et les perliculteurs "semi-commerciaux" (entre 15.000 et 30.000 bivalves) d’au moins 30.000 à 50.000 dollars. Les perliculteurs importants (plus de 80.000 mollusques) auraient besoin de 50.000 à 70.000 pour démarrer leur fermes perlicoles.

A cause du manque d’huîtres perlières sauvages, le département a développé des écloseries pour ces nouvelles fermes. De plus, les nucléus (implant d’une bille de coquille) greffés sont importés du Japon et des Etats-Unis pour un coût excédant 2 dollars pièce.

Aisake Batibasaga indique que les perles de Fidji ont le taux de croissance le plus élevé au monde - 18 mois, au lieu des deux à trois ans généralement constatés. "ceci est principalement dû à nos conditions climatiques, il y a très peu de pollution et de compétition".

Afin de réduire le coût de l’opération, le Département de la Pêche et de l’Aquaculture va bientôt démarrer une campagne de de mois de collecte des larves afin de réduire les importations d’huîtres.

contrôle des huîtres à FidjiA cause du manque de personnel qualifié, le Département a engagé un technicien greffeur japonais. Le but à moyen terme est de former des techniciens locaux. Un technicien se fait payer deux dollars par greffe. De plus, son logement et ses dépenses courantes doivent être payées par son employeur. "Cela nous coûte très cher, c’est pour cela que nous devons former des Fidjiens."

 

Qu'en pensez-vous ?

« UN PRESIDENT VOYAGEUR | Home | Le retour au Pays. »

+ commentés

Instrumentalisation et gain de temps

123 commentaire(s)

VIVE LA DEMOCRATIE POLYNESIENNE !

108 commentaire(s)

"Scandaleux !"

106 commentaire(s)

Pétition de J.C. BOUISSOU, l'Espoir ?

104 commentaire(s)

Ouvrons les yeux .

103 commentaire(s)

+ vus

L’important est de faire parler de soi

29 July 2008
by: Peter • General

AVENIR 2020 : Chap.8 : Vaincre les paradoxes - Partie 2 : Autonomie/Indépendance

1 July 2008
by: Noindep • General

Je pense tout haut

1 July 2008
by: Noindep • General

29 Juin 2008

29 June 2008
by: Noindep • General