Absence de cap

Par lebop • 25 April 2006

Le Président du Pays, à l’occasion de son récent discours à l’Assemblée de Polynésie française, a effectué un bilan d’étape de son action après plus d’un an de Taui Roa. Au lieu d’un passage en revue des objectifs du gouvernement, des actions ministérielles menées et des résultats attendus ou atteints, j’ai lu un discours présidentiel décousu, candide au plan international, très conjoncturel en matière touristique, très général dans le domaine des investissements publics, optimiste avant l’heure sur la réforme “solidarité”, très vague en ce qui concerne l’action économique générale, muet pour ce qui est du sauvetage de la filière pêche et le développement de notre auto-suffisance alimentaire - sujet pourtant très cher au cœur de notre Président - évasif sur le contenu du nouveau partenariat avec l’Etat, autocritique et auto-flagellant sur la question de la “souveraineté”. Revue de détail…

L’ébauche de politique commerciale, basée sur la “coopération et la complémentarité”, plutôt que sur la “concurrence et la compétition” est d’une naïveté touchante. Car à part la France, avec la solidarité nationale, et l’Union Européenne avec la décision d’association, aucun autre pays au monde n’a développé de coopération avec la Polynésie. Les pays de la zone, notamment, ne voient dans la Polynésie qu’un “marché juteux”, solvable, intéressant, à conquérir au détriment des autres. Et nous que faisons-nous en retour ? N’avons-nous pas d’autre choix que de laisser faire ou de nous protéger de manière illusoire ? Nous n’aurons pas le début d’une réponse.

L’abondance des reliquats budgétaires de l’année budgétaire 2005, loin d’être un indicateur de bonne gestion, est, au contraire, la traduction d’une commande publique en nette baisse et qui n’a atteint un “régime normal” que très récemment. Un récent rapport de l’IEOM avait d’ailleurs souligné ce “décalage” important dans le temps des décisions d’équipement public qui ont expliqué un ralentissement de l’activité des entreprises du BTP en 2005.

La réforme Ataeaeraa - son objectif et son cadre ne sont même pas rappelés ou résumés - est déjà considérée comme un succès avant l’heure, alors que la majeure partie de l’opinion n’y voit pour l’instant qu’un rattrapage partiel de la hausse des prix conséquente que nous connaissons depuis deux ans.

Les indicateurs utilisés pour nous faire croire que le tourisme va bien sont une insulte à l’intelligence des citoyens : nous entrons en moyenne et haute saison touristique et le Président nous annonce des chifffres décousus, très conjoncturels, sur deux ou trois mois, somme toute “normaux” pour la saison. Nous sommes en plein dans la méthode Coué. Rien sur un objectif de fréquentation touristique annuel, rien sur le déficit d’Air Tahiti Nui. Par contre, le Président nous annonce un résultat “prévisionnel” pour l’arrivée d’un navire de croisière programmée pour fin 2007…

Quid de la réforme de la règlementation économique générale, notamment en matière de concentration et de concurrence, de l’implantation de nouvelles grandes surfaces commerciales, de la prise en charge de la hausse des prix du carburant ? On n’en saura rien.

On apprend qu’il y a -enfin- un rédémarrage de la commande publique après une année 2005 particulièrement pauvre. Mais sur quels projets porte cette commande publique ? Nous n’en avons aucune idée.

La situation dramatique de la filière pêche n’appelle aucun message de compassion, ni aucune proposition du Président du Pays, alors qu’il s’agit de bâtir un véritable plan de sauvetage.

Le développement agricole, secteur pourtant cher au coeur du Président, ne dépasse pas le stade subliminal. A croire qu’il faudra se contenter de la célèbre incantation présidentielle : “il faut planter, planter, planter !”

Le nouveau partenariat avec l’Etat est un monument d’hypocrisie généraliste. Et je ne suis même pas sûr que le Président croît à ses propres propos. Il est clair qu’en 2006, il ne faudra rien attendre de neuf en matière contractuelle ou conventionnelle. Bien au contraire, au détour d’une phrase, le Président nous annonce qu’il faudra se serrer la ceinture, et, comme au temps de la Chine de Mao, “compter sur nos propres forces”

Enfin, monument du virage à 360 °, le thème de la “souveraineté” (le terme “indépendance devenant tout d’un coup trop radical aux yeux de notre Président-Indépendantiste-et-fier de -l’être).Ce passage est digne du “pyromane-pompier” du type “pourquoi en parler puisque c’est la peuple qui décidera le moment venu” ? En effet, pourquoi en avoir parlé pendant plusieurs semaines, Monsieur le Président ? Il ne tient qu’à vous, Monsieur le Président, que ” cette question cesse de polluer tout ce que nous construisons par ailleurs”. Je reprend là vos propres termes, tout en me posant une question : qu’avez-vous construit par ailleurs ?

En conclusion de cette analyse, je reste sur ma faim. Ce résumé de l’action d’un gouvernement de 17 membres, en fonction depuis plus d’un an, laisse de côté de larges pans de notre vie économique, sociale et culturelle. Je ne vois rien, là, de très rassurant pour le court et le moyen terme.

Commentaires

Par pedigree pall le 26 April 2006 at 12:47

et tu as 100% raisons ! mais que proposes tu en rechange ? le retour à avant ?

bof !

faudrait choisir une autre solution alternative et durable n’est ce pas ?

Par L'intrus le 26 April 2006 at 14:12

Il sont désormais 18 ! 18 à cultiver le germe de l’innéficience ! Quelle belle équipe !

Par Pépé Tama le 26 April 2006 at 15:40

Pedigree Pall , avec ce genre de remarque on va pas aller loin. Diverses pistes ont été abordée, diverses réformes nécéssaires ont été soulévée. COntrairement à d’autres on se contentera pas de dire qu’il faut une alternative durable. Non, on constate que les réformes nécéssaires ne sont pas mises en oeuvre par notre président dès lors ce qu’on veut c’est simplement souligné cela et montrer la nécéssité de reformes que ce soit avec tel ou tel gouvernement. Il ne s’agit pas d’un retour à avant etc. Avec cette remarque Tu fausses le débat, et le fait tourner court.

En effet, si l’on considère à chaque fois que critiquer un homme qui est contre gaston, c’est vouloir le retour de gaston, la meme politique et ben dans ce cas la elle est bien belle la démocratie et la possibilité de débat, c’est sur qu’a chaque fois tu pourras faire cette petite remarque pour que rien avance. C’est trop facile, c’est tout sauf productif. Mais bon plus ça va et plus les commentaires se limite à cela. C’est décevant.

Par Didier le 26 April 2006 at 22:03

Pedigree Pall , tu est tout à fait libre des faire des propositions.

As-tu lu quelque part que lebop préconisait le retour à avant ?

Comme tu le sais peut être, l’analyse critique est un préalable aux propositions et à l’action.Mais tu conviendras que c’est aux gouvernants de gouverner et, en démocratie, de prendre le risque de voir leurs actions ou leur inaction être analysées et critiquées. N’est-ce pas sain comme fonctionnement ?

Surtout que l’économie, le social et le culturel ne sont pas des sciences exactes et qu’il est complètement farfelu de refaire l’histoire dans ces domaines.

De nombreux autres billets de ce blog dressent des pistes, esquissent des solutions. Tu peux toujours t’y référer et tu constateras qu’il n’est jamais question de retourner à avant ou en arrière.

Mias en filligrane aux critiques, des solutions émergent. Déjà faire ce que ce gouvernement ne fait pas, c’est déjà mieux… Et ce n’est pas très difficile !

Par Teihotu le 26 April 2006 at 22:22

Oyez, Oyez, partisans de divers partis, en tant que "sympathisant" de ce blog, je voudrais simplement rappeler une partie du préambule du blog :

"Politita se veut un espace de réflexion. La Polynésie ne fait pas que changer. Elle est actuellement dans une situation dans laquelle tous les changements sont possibles, les bons comme les autres. C’est pourquoi nous voulons informer, analyser, apporter notre modeste contribution pour que chacun reste vigilant, pour que ce ne soit plus des couleurs politiques qui prévalent mais les idées qui feront pour demain une Polynésie sereine et prospère.

Fondé par 5 étudiants, Politita n’est pas "pro-untel" ou "anti-unautre". Nous sommes juste pro-Polynésie et anti-bêtise."

A bon entendeur, salut !

Par pedigree pall le 27 April 2006 at 16:47

c’était une question simple qui soulève chez vous des assault étranges. Acceptez vous des questions, acceptez vous des nouvelles personalités pour enrichir votre débat ?

pas si sur apparement si ce n’est pas "votre" ligne éditorial.

on dira qu’on s’est mal compris.

Je milite pour une 3ème voie, et vous ?

oui le gvt actuel est inéficace, certes, on le critique tous il semble.

Mais la critique est facile quant on ne propose rien en échange.

En tant qu’électeur, quelle voix vous semble la plus à même de vous convenir ? a priori, vous souhaitez du neuf. Très bien, cela me parait plus que normal.

Mais quoi pour demain ? qui, pour quoi faire ?

le système en place est il acceptable ? les retournements de veste de "nos" élus est absolument inpardonnable et dangereux pour l’usage de la démocratie.

l’indécision et le manque de majorité ne permet pas de gouverner à quiconque. La faute à qui ?

et cela pour encore 3 ans environ.

La polynésie peut elle se le permettre ? En mettant qui a la place ? franchement, vous trouvez des réponses à tous cela.

je suis perplexe et me demande où l’on va ! c’est tout et répondre à une petite question est il un exercice si compliqué ?

au plaisir

Par L'autonomiste aussi le 27 April 2006 at 23:35

Si l’on regarde l’histoire politique récente de la Polynésie, on peut constater que de nombreux partis ou mouvements se réclamant de la "troisième voie" ont tenté de se frayer une place dans le paysage politique.Sur une durée d’au moins 30 ans, il y a eu les "indépendants" qui ont fini par rejoindre le Front Uni, il y eu Maohi Nui, il y a eu Tiréo, il y a eu le Fetia Api dans sa phase ascendante avec Boris LEONTIEF, il y a eu ( et il y a toujours) NOETN, il y a Te Avei’a, et maintenant Rautahi, sans compter le Taatira…

C’est comme sur le Front de mer, la troisième voie est une voie un peu encombrée… Et à la sortie, l’életorat autonomiste de cette troisième voie se retrouve morcelé ( c’est mathématique), sans que forcément le Tahoeraa perde beaucoup de sa puissance ( peut être un peu… et encore, celà reste à prouver, et ici, le seul "vrai" sondage ce sera les prochaines élections. Car il est difficile de lire dans le marc de café, n’est ce pas ?.

Le problème, c’est que toutes ces tentatives ont malheureusement capoté.

Je vous invite à partager la suite de ma réflexion sur le billet " des chiffres".

Bien cordialement.

 

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