Mondialisation, Autonomie et Indépendance
Le Président du Pays, Monsieur Oscar TEMARU, à plusieurs reprises, a invoqué la nécessité de l’indépendance pour faire face à la mondialisation ou à la globalisation. Mais en quoi l’indépendance nous donnerait de meilleures armes pour faire face à la mondialisation ? Le Président du Pays s’est bien gardé de nous éclairer à ce sujet ou de nous expliquer les bénéfices concrets que nous allions en retirer. En fait, je pense qu’ il serait bien en peine de nous convaincre….
La mondialisation n’est pas aisée à définir. Elle recoupe en effet une réalité aussi diffuse que complexe. Les thèmes qui se rattachent à la mondialisation se caractérisent ainsi par leur hétérogénéité :libre-échange des marchandises, libre circulation des capitaux, inégalités entre pays, délocalisations d’entreprises, essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dégradation de l’environnement,menaces sur la santé publique, terrorisme, remise en cause de la diversité culturelle sont autant de facettes de ce phénomène.
La mondialisation se réfère ainsi à l’ensemble des phénomènes caractérisés par l’existence d’interdépendances et d’interactions entre des acteurs répartis sur l’ensemble du globe. Cette acception explique d’ailleurs le recours croissant au néologisme globalisation, transposition du mot anglais « globalization » dans la langue française.
La Polynésie française est immergée dans la mondialisation de diverses manières : par l’importation de marchandises très diversifiées dont nous avons besoin, par les capitaux métropolitains ou extérieurs que l’on reçoit pour réaliser nos investissements, par les transferts financiers de l’Etat, par l’usage des TIC, aux multiples informations que l’on reçoit et à la circulation des idées qui est démultipliée…. Dans notre vie quotidienne, nous en percevons les bienfaits multiples : accès à des biens matériels de moins en moins couteux, choix et diversité des produits, facilités de communication, facilités de transport extérieur, possibilités d’exploiter nos atouts en matière d’exportation grâce aux moyens de transport maritime ou aériens relativement peu couteux…
La Polynésie bénéficie largement de la libéralisation des échanges de par son niveau de richesses, de par sa capacité d’achat au meilleur prix des meilleures marchandises offertes sur le marché mondial. Cette CAPACITE n’est rendue possible que par notre ancrage à un ensemble plus vaste, la France et l’Europe. Je ne reviendrai pas sur mon billet relatif aux transferts financiers de l’Etat, qui, je pense, était suffisamment explicite sur ce point.
Cette mondialisation n’appporte pas, bien sûr , toujours des bienfaits et elle comporte quelques menaces pour notre petite communauté : concurrence très forte en matière agricole, agroalimentaire et industrielle qui fragilise notre tissu économique local, atteinte à l’identité culturelle, emprise trop forte de certaines firmes multinationales dans notre développement…. De même, nous ne sommes pas à l’abri des délocalisations qui seraient décidées par nos entrepreneurs, de la fuite des capitaux locaux ou de la raréfaction de l’entrée de capitaux dans notre pays, du mouvement de standardisation culturelle…
Notre régime d’autonomie nous permet-il de maitriser les effets négatifs de la mondialisation ? Oui, en ce qui concerne le mouvement des marchandises et de capitaux. Oui, en ce qui concerne la défense de l’identité culturelle, car il suffit qu’on le veuille collectivement. Il nous apporte même plus de moyens en ce qui concerne les moyens de transport (création d’ATN) et les TIC ( capacités d’investissement de l’OPT et de ses filiales).
Notre appartenance à un ensemble plus vaste nous permet aussi de mieux maitriser certains effets néfastes de la mondialisation : emprise des mafias, “influence” de certains pays étrangers donneurs d’aides (Chine, Taiwan, Australie…) terrorisme, mouvement de blanchiment de capitaux…
Cette solidarité française et européenne nous permet au contraire de renforcer - paradoxe apparent- notre identité culturelle grâce à des moyens financiers accrus : TNTV, Musée,Académie,Village culturel, promotion du reo maohi dans l’enseignement..etc…etc…. De même, elle permet notre appartenance à la zone Euro jusqu’à l’adoption de cette monnaie, l’accès à l’innovation, la présence d’un encadrement qualifié et de compétences rares ou non disponibles localement… Je résume, car celà a été démontré abondamment sur ce blog.
Qu’apporterait donc de plus l’indépendance ?
J’avoue que j’ai du mal à trouver des arguments dans ce sens, car celle-ci réduirait, au contraire, nos marges de manoeuvre dans de nombreux domaines : économique, commercial, financier, sanitaire, social, culturel…
Edicter nos propres lois ? Pour interdire les importations et réduire ainsi les choix des citoyens-consommateurs ? Refuser la concurrence ? Mettre notre agriculture sous cocon ? Garantir notre autosuffisance alimentaire à tout prix ( et surtout à quel prix, pour nous consommateurs ?) ? Aligner notre protection sociale vers le bas ? Restreindre la circulation des idées ? Supprimer les influences culturelles considérées comme néfastes ? Imposer des normes culturelles plus “authentiques”, avec ou sans l’assentiment de nos populations ? S’abstraire du droit international ? Inventer notre propre droit interne tout en respectant les libertés ? Qu’apporterait de plus, comme par magie, la République populaire, fédérale et démocratique Te A’o Maohi ?
Bien au contraire, je crois bien que l’indépendance nous mettrait progressivement à l’écart des bienfaits de la mondialisation. C’est ce que j’observe dans les pays insulaires du pacifique : qui s’intéresse véritablement à ces pays ? Les multinationales ? A part quelques sociétés asiatiques qui viennent piller leurs ressources naturelles (pêche, forêts, mines…), je ne vois pas beaucoup d’investissements. Sauf, peut être, dans l’hôtellerie : certaines chaines hôtelières internationales profitent effectivement des bas salaires pour développer des resorts tropicaux pour touristes australiens ou autres. A priori, en cas d’indépendance, nous ne voudrions pas attirer des investisseurs extérieurs en diminuant nos salaires, n’est ce pas ? Et, justement, en cas d’indépendance, en quoi intéresserions –nous encore les investisseurs ? Quels seraient nos atouts dans la mondialisation ?
Bref, ces pays souffrent plus d’une « insuffisance » de mondialisation que d’un « excès » de mondialisation. Les exemples actuels sont nombreux : Papouasie, Salomon, Vanuatu, Tonga, Cook islands… Ces sociétés retournent progressivement à un staut de société “peu évolutives” et à l’écart du mouvement du monde. Je suppose que ce n’est pas là l’avenir que l’on souhaite à nos jeunes…
Aussi, Monsieur le Président, expliquez-nous votre projet de société et son articulation à la mondialisation, car il ne s’agit pas, dans votre esprit, d’une discussion de café de commerce, n’est ce pas ? Vous nous rendrez grandement service…
Commentaires
Récemment,lors du Forum de l’agriculture des Iles Sous le Vent ( encore de la parlotte…) le Président du Pays déclarait vouloir donner au secteur primaire " la première place des résultats économiques du pays ".
Je suis désolé de lui dire que c’est du domaine de l’utopie. Comment améliorer notre auto-suffisance alimentaire ou exporter quoique ce soit lorsque l’on voit les prix de nos produits agricoles, que l’on constate qu’il est parfois impossible de transporter des produits agricoles des archipels vers Tahiti ? Combien de tonnes de légumes et de fruits finissent de moisir à l’extérieur ou sous des hangars par faute de moyens de transports ?
Va-t-on produire du blé, du riz,élever des milliers de boeufs, faire du poulet congelé au même prix que le poulet brésilen ou américain, transformer le blé en farine, produire des pommes à un coût compétitif ( quand on voit déjà la piètre qualité de nos oranges ou de nos mandarines dans les magasins), produire du jus d’orange à des coûts et des prix compétitifs, arrêter les importations de viande porcine, produire du lait UHT…etc..etc..
Notre Président n’a jamais dû regarder attentivement les rayons alimentaires de nos magasins. Croire que l’on va arrêter la trentaine de milliards d’importations de produits alimentaires d’un coup de baguette magique, c’est illusionner nos braves agriculteurs.
"Etre contre la mondialisation, c’est comme être contre le sel dans l’océan".
Mais on doit mieux la contrôler.
Et la peur est mauvaise conseillère.
En France, les deux symboles de cette peur sont Jean-Marie Le Pen et José Bové. L’un symbolise la peur de l’étranger, donc de l’autre; le second, la peur du progrès, donc des solutions.
En Polynésie, c’est plutôt le Tavini qui regroupe ces deux peurs…
Dans le contexte de la mondialisation, cette peur s’apparente à celle d’enfants dans une plaine par nuit noire: on n’en maîtrise ni les contours ni les limites, donc on n’en perçoit que l’hostilité.
Comme la peur de l’enfant, celle du citoyen doit être dominée. Avec un premier principe: notre avenir dépend d’abord de nous. Etre antimondialisation, c’est comme être contre le fait que l’océan soit salé.
Vouloir retourner derrière une protection à tous crins, c’est pur archaïsme. En revanche, on doit pouvoir mieux contrôler cette mondialisation.
Pour la contrôler, encore faut-il la comprendre. Comprendre ces effets en Polynésie, mesurer les enjeux, relever les défis qu’elle nous pose et agir en conséquence. On en est loin…
C’est vrai que sur la carte du monde, les archipels déshérités sont innombrables, des Caraïbes aux Moluques, des Andaman au Cap-Vert.
Il faut effectivement se mettre dans la tête que nos systèmes insulaires doivent gérer de nombreuses contraintes : ressources naturelles par définiton limitées, faible marché intérieur qui ne permettent pas des économies d’échelle, coût de la continuité territoriale quand il s’agit de système archipélagique comme le nôtre, éloignement des grands centres de consommation et de production….
Il ne ‘agit donc pas de plaquer des théories économico-politiques valables pour de grands pays et qui sont eux-mêmes à proximité d’autres grands pays.
Et c’est là qu’il faut faire preuve "d’imagination réaliste".
Car notre Président ne se rend pas tout à fait compte de la difficulté pour notre Polynésie de se faire sa place en ces temps de "mondialisation" : compétitivité, avantages comparatifs, maitrise des coûts salariaux, maitrise du financement de la protection sociale, luttte contre la vie chère, chasse aux rentes de situation et les abus de monopole, limitation du corporatisme syndical, facteur de salaires exorbitants d’une minorité de nantis qui font payer à la population leurs privilèges indécents, dans certaines entreprises stratégiques…. Autant de problématiques dont on ne pas faire l’économie de la réflexion.
A mon avis, l’avenir est à une fédération des régions d’outre mer adossées à la France ET à l’Europe, car la France et l’Europe sont des entités généreuses. Car voyez-vous l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Chine, les Etats-Unis ou le Japon faire quoique ce soit d’altruiste pour nous ?
Regardons plutôt la Catalogne, le pays Basque, des régions puissantes très autonomes au sein de l’Espagne, ou, pour prendre un système insulaire comparable au nôtre, les iles Canaries.Et ces régions comptent au niveau de l’Europe : elles ont des délégations à Bruxelles pour défendre leurs intérêts auprès des instances européennes.
De plus, celà serait en droite ligne avec notre volonté collective d’adopter l’Euro.
Notre statut de Paysd’Outre-Mer est le statut idéal pour construire ce partenariat avec la France et l’Europe. Ne reste qu’à finaliser quelques ajustements dans notre relation à l’Europe, notamment en réformant notre association avec l’Union Européenne et le Fonds Européen de Développement. En effet, combien de régions d’outre-mer se sont modernisées ( infrastructures routières, ports, soutien au développement agricole, aides à l’innovation, allègement des coûts de transport maritime ou aérien…) avec les énormes moyens des fonds européens ?
L’Europe qui a compris la problématique particulière des îles qui lui sont associées et qui a mis en place les instruments appropriés.
C’est vrai que la Polynésie a de la chance. Combien d’îles, de par le monde, dérivent dans l’indifférence générale des grandes puissances ? Anciens lieux de passage, anciens comptoirs, anciens "carrefours stratégiques" riches d’une gloire passée, laissés à l’abandon, car ne représentant plus un lieu stratégique. La Polynésie, par exemple, est-elle encore pour la France un lieu stratégique ? Question à nos "pitoïstes" qui s’imaginent souvent que "Tahiti" est le nombril du monde alors que nous ne sommes qu’un confetti d’îles perdu au milieu de l’immense Pacifique….
Dans le Pacifique, combien d’îles qui se vendent au plus offrant, qui monnayent leur voix à l’ONU, qui vivent de la mendicité ou du bon vouloir des puissances régionales comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ?
D’ailleurs, notre Président, en 2005, a fait le tour de certaines d’entre elles… en nous dépeignant une image tronquée de leur réalité : Vanuatu, Cook islands, Samoa, Tonga, Tokelau…. Autant d’îles qui ne doivent leur salut qu’à l’argent de leurs enfants partis ailleurs trouver la terre promise ou qu’à l’argent de la Chine, de Taiwan, de la Malaisie ( pour les Salomon), selon les gouvernements corrompus du moment ?
Les Salomon, qui s’enfonçaient dans la guerre civile, ne doivent leur actuelle paix précaire, qu’à l’intervention du grand frère Australien qui a repris en main leur police, qui leur a envoyé des "experts" de tous ordres …et qui leur boucle leur "fin de mois". Les australiens se demandent d’ailleurs sérieusement si ces "mini-gouffres financiers" en valent la peine…
Idem pour la Nouvelle-Zélande qui aide "chichement" ses anciens territoires sous protectorat confié par l’ONU (Cook, tokelau…)
Justement, Tokelau, ces temps ci, a la possibilité de s’exprimer sur son avenir institutionnel : rester dans le giron de la Nouvelle-Zélande ou s’émanciper et voler de ses propres ailes (si l’expression a un sens pour ce pays…) ? Mais le choix est déjà fait par leurs dirigeants et la population (pas folle ou aveugle…) : rester " associé" à la Nouvelle-Zélande, facteur de sécurité financière et assurance d’émigrer encore et toujours vers ce pays prospère pour fuir la "rusticité" du mode de vie de leur île. Comme l’ont fait des milliers de samoans, de tongiens, de rarotoa, d’indo-fidjiens fuyant le régime "politico-ethnique " fidjien…
La plus grande ville d’insulaires du Pacifique est maintenant en Nouvelle-Zélande.
Les Polynésiens n’ont jamais eu la nécessité, pour survivre, d’émigrer. Certains de nos donneurs de leçons devraient observer lucidement notre réalité économico-sociale et se demander pourquoi ….
Le rouleau compresseur de la mondialisation est en marche, et notre pays a tout intérêt à s’ouvrir sur l’extérieur, et à éviter toute politique isolationniste.
Il doit prendre le meilleur, s’adapter et contribuer à la culture mondiale.
Sur le plan économique, il doit développer les secteurs où il dispose d’avantages comparatifs tels que le tourisme,la perliculture, l’agro-industrie….
Mais ce n’est pas suffisant.
La Polynésie doit absolument se construire de nouveaux avantages comparatifs et se spécialiser dans ce qu’elle sait très bien faire pour le faire encore mieux.
Il faut trouver notre place sur le marché mondial en offrant des produits et des services dans le meilleur rapport qualité/prix.Le rôle de l’Education et de la Recherche sera fondamental dans ce sens.
La mondialisation n’est pas moins culturelle. On assiste en effet de plus en plus à une homogénéisation de la culture dans les domaines de l’enseignement, de l’alimentation, de l’habillement et des loisirs.
Cette homogénéisation est surtout réclamée par les jeunes et concerne pratiquement tous les pays. D’où l’émergence d’un problème d’identité que certains pays tentent de résoudre par des mesures protectionnistes. C’est là une fausse solution pour la Polynésie.Il faut faire confiance aux jeunes dans l’invention d’une modernité qui nous soit propre.
«La mondialisation, ce n’est pas simplement l’amplification des échanges, c’est la mise en compétition des systèmes économiques et sociaux. Toute la question est de savoir si ce phénomène est de nature à valoriser le capital non marchand (culturel) des sociétés ou si au contraire la prise en compte des systèmes sociaux dans la compétition conduira à considérer ceux-ci comme des "coûts". La première hypothèse nous permettrait d’envisager de vivre dans des "sociétés à économie de marché", c’est-à-dire dans des sociétés qui estiment indispensable de préserver des espaces mon marchands, à côté d’un marché accepté par tous. La seconde nous ferait basculer vers la "société de marché", c’est-à-dire vers une société où le lien social serait exclusivement marchand, comme l’avait prophétisé l’économiste autrichien Friedrich Hayek dans les années 1930.»
Zaki Laïdi, Malaise dans la mondialisation. Entretien avec Philippe Petit, Paris, Les éditions Textuel, 1998, 2001, p. 45-47.
Que de grands mots tout ça et qui ne veulent rien dire, c’est comme le "développement durable" belle phrase alors qu’on est même pas foutu de passer à la phase sanction pour sauvegarder ce qui nous reste de beaux et propres paysages dans notre environnement.
Concernant notre président, il suffit de voir son dépotoir de Faaa ainsi que la "beauté" de sa ville, pour deviner ce que sera la Polynésie ou son Tahiti Nui roa, une fois indépendant.
Alors quand il parle de mondialisation et de globalisation ça me fait doucement marer!il pédale franchement à côté du vélo.
Qu’il apprenne tout d’abord à gérer ce pays avec l’argent de la France et en rassemblant tous les polynésiens de coeur et de souches dans le respect et l’amour de l’autre et on arrivera alors peut-être à avaler ses blablabla à double sens selon le sens du vent!
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