Les interventions financières de l’Etat en Polynésie française
Je crois qu’il est important de se fixer les idées, une fois pour toutes, sur ce que recouvre ce fameux terme de TRANSFERTS FINANCIERS DE L’ETAT en Polynésie française, tant leurs implications sur notre vie économique et sociale sont extrêmement importantes. Aussi, je me suis basé sur “le guide d’accueil des services de l’Etat en Polynésie française” ( année 2006) pour décomposer le montant global de 150 milliards de F CFP que représentent ces transferts. Les chiffres démontrent que l’Etat assure une solidarité financière importante en Polynésie française.
En 2004, les dépenses de l’Etat se sont établies à 150,5 milliards de F CFP ( 1,3 milliards d’Euros), soit une progression de 4 % par rapport à l’année précédente :
- l’Education nationale, l’enseignement supérieur et la recherche représentent la première dépense de l’Etat avec 50 milliards de F CFP ;
-37,1 milliards ont été versés au Pays ( à notre budget donc) : 20,7 milliards de F CFP proviennent de la convention pour le renforcement de l’autonomie économique de la Polynésie française, incluant principalement la dotation globale de développement économique.A ce versement pérenne, s’ajoutent des transferts financiers dans le domaine de la santé et de la solidarité, avec 4,5 milliards de F CFP ou encore en direction des communes, avec plus de 6 milliards de F CFP en dotation globale de fonctionnement ;
- les dépenses de la Défense qui s’élèvent à 24,3 milliards de F CFP s’inscrivent en retrait de 13 % par rapport à 2003. Cette diminution s’explique essentiellement par la baisse des dépenses de fonctionnement courant des armées ;
- le montant des pensions ( civiles et militaires), en hausse de 9 % par rapport à 2003, représentent 21,04 milliards de F CFP ;
- les moyens dévolus aux services de l’Etat, telles que la Justice ou la Police, se chiffrent à 18,1 milliards de F CFP.
Les dépenses annuelles de l’Etat représentent 600.000 F CFP par habitant en 2004, soit l’équivalent d’un tiers du salaire annuel d’un SMIGARD Polynésien. Pour rappel, elles étaient de 537300 F CFP en 2002.
A ces dépenses s’ajoutent :
- le dispositif de reversement des frais d’assurance-maladie de la sécurité sociale française à la CPS de Polynésie. Mis en place depuis le 1er janvier 1995, le dispositif porte en 2004 sur 3,1 milliards de F CFP ;
- des mesures de défiscalisation : 50 milliards de F CFP d’investissements en Polynésie française ont fait l’objet de mesures de défiscalisation en 2004 ( toutes nos acquisitions d’Airbus d’Air Tahiti Nui, d’ATR d’Air Tahiti ainsi que le programme public de construction de thoniers ont bénéficié de cette défiscalisation nationale).
On peut donc observer que l’ensemble de ces dépenses contribuent largement à soutenir l’activité générale de notre Pays dans une perspective de développement durable et de cohésion sociale.
Ce montant de 150 milliards de F CFP est à comparer à nos ressources propres qui se composent, pour l’essentiel de 45 milliards de recettes touristiques ( dont il faut soustraire plus de 20 milliards de F CFP de dépenses touristiques des polynésiens à l’extérieur, car c’est le solde qui importe. Et il n’est positif, sur le plan touristique , que d’une vingtaine de milliards de F CFP) et de 15 milliards de F CFP de recettes d’exportations de biens ( essentiellement nos exportations de perles).
Il est donc clair que les effets multiplicateurs des transferts de l’Etat ( c’est à dire les effets financiers induits par ces dépenses dans notre économie) sont nettement plus importants que les effets multiplicateurs de nos ressources propres.Monsieur Christian VERNAUDON, dans son document de bilan du Pacte de Progrès, évalue ce coefficient multiplicateur à 2,6, ce qui est tout à fait considérable.
Même en régime d’autonomie, le défi est immense : rien qu’en matière d’Education, QUI EST UNE COMPETENCE DU PAYS, il faudra bien un jour auto-financer le montant de 50 milliards de F CFP que paie l’Etat à notre place. C’est là, la vraie voie de la responsabilité. Comment le faire, si ce n’est d’accroitre notre autonomie économique par la croissance de nos ressources propres. On a les leviers, on a les outils. A nous de jouer !
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Commentaires
Tous ces chiffres donnent le vertige !
Pour ma part, j’en ai retenu un : le montant des pensions civiles et militaires. Il représente plus de 21 milliards de F CFP.
On rejoint le billet de pépé Tama sur "l’or gris" de la Polynésie, car, si j’ai bien compris, c’est le montant des retraites versées par l’Etat aux fonctionnaires qui l’on servi et qui se reposent tranquillement en Polynésie. C’est déjà plus que nos exportations de marchandises ( perles, noni, thon, vanille…)!
Je pense que la qualité de vie exceptionnelle en Polynésie peut nous permettre d’aller plus loin dans l’accueil de personnes aisées ou qui pourraient nous faire part de leur expérience en créant des activités, en agissant dans nos associations dans le domaine social et culturel… Il y à là, je crois, un potentiel : quand je vois Bill Gates ou d’autres milliardaires revenir régulièrement en Polynésie,je me dis que l’on peut accentuer nos efforts dans le domaine des infrastructures de loisirs ( marinas, golfs, résidences de luxe…). Reste à convaincre une grande partie de notre population que c’est une voie de développement "soft"…qui vaut bien mieux que de créer des usines, des cimenteries ou je ne sais quoi !
A propos des 45 milliards de fonds de l’Etat pour l’éducation des polynésiens. J’ai été scandalisé par les propos de James SALMON dans "A Parau mai" qui a déclaré en substance : c’est normal que l’Etat finance l’Education en Polynésie, car c’est quand même l’histoire, la géographie, la culture et la langue française que l’on enseigne ici !
C’est du n’importe quoi : l’enseignement nous permet d’accéder à tous les domaines de la connaissance. Cet accès à la connaissance nous permet d’avoir des ingénieurs, des médécins, des professeurs, des avocats, des informaticiens… Bref tout l’encadrement qui fait un Pays.
Monsieur James SALMON est lui-même ingénieur, cadre émérite produit par le système éducatif français qu’il fait mine d’exécrer, puisque son idéologie le lui dicte.
Penses-t-il qu’il aurait pu faire ses études d’ingénieur en reo maohi ?
Même l’Algérie, indépendance oblige, qui a voulu "arabiser" son enseignement a fait marche arrière pour revenir à l’enseignement en français. Tellement le système éducatif algérien régressait et s’enfonçait dans la médiocrité.
Non, l’Education est de notre compétence. Nous avons voulu cette compétence. Il nous reste donc à assumer et à essayer de la financer progressivement par nos propres moyens.Mais si certains pensent qu’il faut "maohiser" notre système éducatif parce qu’on est en "fenua maohi", on court à la catastrophe !
La défiscalisation nationale, que l’on a appelé "Loi Pons", Loi "Paul", Loi "Girardin", a été du pain béni pour notre développement depuis plus de 15 ans, car elle a provoqué des investissements par dizaines de milliards de F CFP.
Tous les investissements hôteliers récents, les paquebots de croisière, les ATR 72, les Airbus… ont été réalisés ou acquis grâce à ce dispositif.
Et il ne faut pas oublier que c’est un sacrifice important pour le budget de l’Etat. En effet, l’Etat se prive de recettes fiscales pour des montants représentant, là aussi, plusieurs dizaines de milliards de F CFP. Puisque le principe est simple : si les particuliers ou les sociétés basés en France métropolitaine investissent dans l’Outre-Mer, en général, et en Polynésie, en particulier, ils bénéficient de réductions d’impôts.
On voit là aussi l’effort de solidarité de l’Etat pour assurer notre développement. Sans ce dispositif, le montant des investissements réalisés en Polynésie aurait été nettement plus faible…. et donc les créations d’activités et les créations d’emplois aussi !
En cas de "SOUVERAINETE", rien que pour la Police, la Gendarmerie et l’Armée maohi, il nous faudra trouver au moins une petite dizaine de milliards de F CFP. Il faudra en exporter des perles ou du noni pour financer tout celà !
Vous me direz : on peut se passer de l’armée. Peut être, mais pas de la gendarmerie et de la police. A moins que l’on fasse aussi l’impasse sur la sécurité des biens et des personnes, comme au Vanuatu, en Papouasie ou aux Salomon…
C’est bien par ce qu’on a un niveau de vie élevé que les polynésiens peuvent dépenser plus de 20 milliards de F CFP en faisant du tourisme à l’extérieur de nos îles. Rappelez-vous les déclarations de Jacqui DROLLET qu’il valait mieux aller aux Australes qu’à Las Vegas !
Et si on a un tel niveau de vie, c’est essentiellement grâce aux transferts de l’Etat : plus de 300 milliards de F CFP de contribution au PIB ( avec tous les "petits" que ces transferts font quand ils sont dépensés dans le Pays)
En cas d’indépendance, la question ne se posera plus pour des milliers d’entre nous. On aura à peine le choix entre la presqu’ile et Moorea…
D’après le chiffres donnés plus haut, on a vraiment actuellement le beurre et l’argent du beurre : 50 milliards pour notre éducation et 37 milliards pour notre budget. Autant d’argent que nous n’avons pas à payer en impôts : TVA, CST ou autres. Ce sont donc les contribuables français, qui, pour l’instant, payent à notre place. C’est indécent et anormal : il faut bien que l’on trouve des moyens pour financer tout celà, même en régime d’autonomie. Et je rejoins toutà fait le billet de "lebop" sur le thème "Autonomie et Responsabilité".
Si j’ai bien compris l’analyse chiffrée, on est bien loin de la "vraie autonomie", celle qui consiste à nous gouverner et à gérer nos propres affaires AVEC NOS PROPRES MOYENS.
Car, j’ai fait l’addition de que l’on devrait financer, toujours dans le cadre de notre actuel statut d’autonomie, pour couvrir nos dépenses dans des domaines de notre compétence. J’arrive à un montant de près de 90 milliards de F CFP ( financement de l’Education et aide au budget du Pays) !!!!
Avant de partir dans des délires, fixons-nous déjà un objectif, par exemple, à 10 ans : couvrir les dépenses dans nos propres domaines de compétences par nos propres ressources. C’est déjà un beau challenge, car il faudra forcément intensifier notre développement pour dégager dans le budget du Pays l’équivalent de 100 à 120 milliards de F CFP de ressources supplémentaires ( presque le montant de notre budget actuel !!!)Même si on double nos impôts actuels, le compte n’y est pas…
Les chiffres ont ceci de formidable qu’ils nous ramènent à la réalité et nous éloignent des utopies. A méditer !
Le produit intérieur brut de la Polynésie a évolué comme suit :
2000 : 446 milliards de F CFP ;
2001 : 457 milliards de F CFFP;
2002 : 480 milliards de F CFP .
Les transferts de l’Etat ont évolué comme suit :
2002 : 132 milliards de F CFP ;
2003 : 145 milliards de F CFP ;
2004 : 150 milliards de FCFP.
Le SMIG a évolué comme suit :
2002 : 105.985 F CFP/mois
2003 : 105.985 F CFP/mois
2004 : 125.000 F CFP/mois
Le montant des transferts de l’Etat par habitant s’élève à :
2002 : 535.000 F CFP par an
2003 : 589.000 F CFP par an
2004 : 600.000 F CFP par an
Effectivement, les chiffres se passent de commentaires.
J’espère que nos élus les comprennent tous ( quelquefois, je n’en suis pas sûr) et qu’ils se rendent bien compte de ce qu’il y a derrière.
L’aide financière par tous les transferts qui sont octroyés au Pays par la République est naturelle, tant que l’on est dans la République.
Maintenant, augmentons ce que nous pouvons produire par ce qui est apporté par la Métropole, et rien que ça, ce sera un succès.
Il ne faut pas effectivement se contenter de la rente.
On peut rester dans le cadre de la solidarité nationale, mais il faut que l’on montre qu’on va de l’avant.
Depuis deux ans, j’ai la claire impression d’une stagnation : stagnation des idées sur le plan économique, stagnation de l’économie, réduction du niveau de vie du fait de la hausse trop rapide du coût de la vie…
Ce gouvernement pense trop au social et pas assez à l’économie. Il faut qu’il inverse rapidement la tendance, car, sinon, on va droit dans le mur.
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