La peur de l'alternance
Par Noindep, vendredi 7 avril 2006 à 22:57 :: Chroniques
La visite du ministre de l'Outre Mer, a adouci l'oreiller sur lequel le politique fait sa sieste depuis des mois. Rassuré désormais, chacun tente d'extraire de cette visite un alibi visant à asseoir sa stratégie parlementaire du 13 avril. Nicole BOUTEAU la première, qui broutait l’herbe de la prairie UPLD autrefois, appel à un défilé des autonomistes sur l'avenue de la République. A vrai dire, Nicole a perdu depuis des mois son électorat, dégoûté d'une stérilité politique à outrance et d'un programme sensible à l’humeur médiatique. Elle est opportuniste, et se dresse derrière une étiquette centro-radicale, que son ami Schyle brandit avec force, sans pour autant masquer leur peur de l'indépendance et leur conscience autonomiste. Une société de dupes.
Forcé par le vérin du déclin, le président joue lui sa dernière carte, et surenchéris sa mise, peut-être la dernière de sa carrière politique. C'est sur l'autel du désespoir, que le président marie la haine et la colère, sous l’égide d’une idéologie triomphant l’indépendance de raison. La compétition entre l’Histoire et l’idéologie n’a semble t-il pas portée ses fruits, et est même devenue l’arme de l’opposition. Partant d’une volonté de bon sens, (devenir indépendant, quelle honte ?) il a participé lui-même à la caricature de son déclin. Conscient de l’échec probable du 13, son ego ne flanche pas devant la charité médiatique, qui prend encore le risque de relativiser sa chute, son courage est salutaire.
Devant lui, une manif autonomiste dresse son portrait, et tente de répandre à toutes les couches sociétales la semence républicaine fécondant plus facilement le développement et la croissance. Car la crise siège depuis des mois sur les bancs de nos statistiques, et met la Polynésie sur le flanc. Le pays en proie à son improbable take-off, guète depuis l’après CEP sa géographie financière, de plus en plus soumise au relief de la conjoncture. Cette stratégie de développement a jeté l’encre dans une baie protectionniste, contrôlant scrupuleusement les trafics d’entrées et sorties. Trop de contrôle tue le contrôle.
La logique économique n’a guère était éduquée dans une stratégie de prudence, et c’est depuis des années, que le gaspillage a recouvert l’efficience. Aujourd’hui, notre logique de dépense sanctionne nos désirs et nos envies, et c’est sur un rappel populaire croissant, que la machine Taui s’enraille. Ils semblent être victimes d’un fatalisme temporel, conforté par une aisance rhétorique impopulaire, dont le syndicat autonomiste use et abuse avec force pour désagréger le consortium du changement. Le divorce entre la population et le Taui semble être inéluctable, sans que cela rappel au pouvoir le passé. L’histoire compte, et c’est plutôt vers l’avenir que l’urne de la démocratie bénira son nouveau messie parlementaire, peut-être le départ d’une véritable alternance ?