Je suis très souvent surpris par la légèreté des propos répétés de certains de nos hauts responsables politiques sur les financements de l’Etat en régime d’autonomie. Monsieur Myron MATAOA, Président du groupe de l’UPLD à l’Assemblée de Polynésie française, a affirmé à plusieurs reprises que les financements nécessaires au développement du Pays sont “de la responsabilité de l’Etat”. Faut-il lui rappeler que l’Autonomie est aussi un régime qui vise à être responsable dans les domaines de compétences que nous avons voulu maitriser. Et RESPONSABILITE VEUT DONC DIRE AUSSI RESPONSABILITE FINANCIERE…

En effet, par la lutte des aînés de la génération politique actuellement en place, la Polynésie a souhaité de plus en plus maitriser les leviers de son propre développement. Ce résultat a été acquis de haute lutte et il est bien évident que notre politique de développement économique et social, que nous définissons librement, doit être, dans la mesure du possible, être financée par nos propres ressources budgétaires.

Faut-il rappeler que nous avons toute compétence en matière fiscale et douanière, et -dimension très importante – toutes les ressources fiscales prélevées par le Pays sont entièrement destinées au Budget du Pays. L’Etat n’en conserve pas une partie, comme celà est souvent le cas des pays européens où les provinces ou régions disposent pourtant d’une très grande autonomie ( Catalogne, pays basque….).

Malgré celà, nos ressources budgétaires ne suffisent pas pour financer les programmes qui sont pourtant de notre compétence, notamment dans les domaines de la protection sociale, de la santé et surtout de l’éducation. C’est la raison pour laquelle une politique conventionnelle entre l’Etat et le Pays a été déployée depuis plus de 30 ans à l’initiative des pères fondateurs de l’Autonomie, relayée depuis une décennie par la procédure des Contrats de Plan Etat-Territoire, et encore plus récemment, par la Dotation Globale de Développement Economique.Ces financements de l’Etat dans des domaines de notre compétence se rajoutent bien sûr aux financements de l’Etat sur les matières qui restent de sa compétence et que nous n’avons pas à financer, sauf hyptohèse d’accession à la souveraineté : Défense, justice, police, recherche…. La somme de tous les financements étatiques en Polynésie française dépasse le montant de 140 MILLIARDS DE F CFP, soit près de dix fois la valeur de nos exportations de perles ou près de trois fois la valeur de nos recettes touristiques. A lui seul, le financement, par l’Etat, de l’Education, pourtant de compétence du Pays, représente un montant supérieur à la valeur de nos recettes touristiques.

En résumé, il me semble donc être important de rappeler que la voie de la responsabilité et l’autonomie effective est de pouvoir et de vouloir financer progressivement les programmes qui ressortent de notre compétence par nos propres moyens, car c’est nous qui avons voulu cette évolution de haute lutte, avec l’accord, obtenu non sans difficultés, des autorités de l’Etat.L’aberration suprême serait, en effet, de faire financer par quelqu’un d’autre les projets qui seraient de notre propre compétence.

Point n’est donc besoin d’attendre une éventuelle indépendance pour avoir cette volonté. Encore faut-il que nos dirigeants indépendantistes, même s’ils sont indépendantistes, ne fassent pas de contre-sens sur la définition de l’Autonomie et qu’il essayent au moins de comprendre ce régime, à défaut de l’accepter, ou même, pour mieux le combattre, si telle est leur logique. Et ils verront alors que ces deux régimes Autonomie/ Indépendance ne sont pas aussi divergents qu’ils le pensent.