Le transit politique

Par Noindep • 27 February 2006

Comme toujours, le cosmos politique polynésien est riche d’enseignement, trop souvent emporté par des a priori. Un protagoniste célèbre du milieu monte les marches du nouveau festival de la polémique, Emile Vernaudon, Mimile pour les intimes, refait surface dans l’océan politique, son congrès de samedi a fait salle comble. Ce n’est pas la girouette qui a tourné de sens, c’est le vent qui cette fois-ci changé de sens…

Emile n’est pas mort. Gracieusement écarté de la vie publique par Gaston Flosse, le shérif de Mahina s’est refait une nouvelle santé au sein de l’UPLD, et signe sa renaissance politique. Pointé du doigt comme la honte des autonomistes voilà deux ans, Emile Vernaudon malgré le verdict populaire vertigineux de 2004, a continué de vanter les valeurs de la République face ses concubins Tauistes, et a accueillit à bras ouvert l’ère du changement. Deux ans plus tard, le résultat est sans précédent.

Il ne faut surtout pas y avoir une crise de l’autonomie, mais une crise de sa représentation. Scindé le politique en deux blocs est une grave erreur. Gaston Flosse n’est pas le père de l’autonomie, il est le continuateur des travaux de Francis Sanford de 1978. Oscar Temaru n’est pas le père de l’indépendance, Pouvana Oopa l’a inspiré. Le système républicain français a pour force de faire régner la pluridisciplinarité politique, la diversité représentative, et l’équilibre des idées. Le développement des groupes centristes, telle que Rautahi, nous propulse vers cet idéal.

Plus personne ne croyait en le système Flosse, aux vices clientélistes, et aux carences sociales. Mais personne n’a jamais cru en l’indépendance, à l’anarchie politique et à la misère sociale. Mais l’autonomie était une vieille dame rongée par l’âge, le nouveau statut de 2004 était censé lui apporté une cure de jouvence. Un statut voté en toute discrétion, telle la LOLFE en France. Deux mois plus tard, le ciel politique vire au bleu. Un seul gagnant aujourd’hui : Emile Vernaudon qui a su profiter du Taui, pour rebâtir sa clientèle politique autonomiste.

Chose faite grâce à la logistique de l’UPLD, qui l’a promu ministre des télécoms, de la jeunesse et des sports. Son audience politique se rajeunie, ses discours dressent des lignes courtes, il faut à tout prix séduire la jeunesse électorale. Sa fonction permettra de nourrir un dialogue avec cette jeunesse étudiante emportée par la vague Internet. Les baisses tarifaires vont nourrir non seulement cette ascension technologique, mais sera le signal symbolique vers une jeunesse qui attend depuis toujours une réponse du « serveur » politique.

Aujourd’hui, deux ans après sa nomination, l’ouest s’est modernisé, son shérif a su faire régner l’ordre, l’ennemi est intimidé. Avec une logistique politique toujours aussi performante, et Georges Puchon a la tête de son équipe, Emile Vernaudon fait figure d’innovateur et de réformateur collégiale de l’autonomie. Sa participation au sein de l’UPLD n’est qu’un bref transit politique, sur lequel il s’appuie pour s’envoler vers l’indépendance, cette fois-ci politique de ses idées.

Commentaires

Noindep : pas d’accord avec toi sur certaines des idées de ton billet et je venais justement de faire le commentaire suivant sur un autre billet. Aussi, je le retranscris ici :

"La manifestation de force de Mahina, voulue par le leader maximo "Mimile", du Ai’a Api, n’a pas été à la hauteur des espérances de ses promoteurs : à peine 3000 personnes selon les observateurs attentifs au lieu des 5000 à 10000 attendus !

Et pourtant, les moyens n’ont pas manqué : bus qui ramassaient les militants des "602" sections répertoriés par les dirigeants du Parti, festivités, Elvis PRESLEY, repas à l’oeil… On se demande d’ailleurs qui a financé, ou du moins, comment a été financé un tel rassemblement.

Voilà un parti populiste dans toute sa splendeur qui voit sa mécanique enrayée, puisque tout était dans la dynamique : "vous voyez, je suis puissant, rejoignez- moi", la puissance appelant la puissance.

J’écoutais des bribes du discours du leader sur la radio bleue samedi matin : un bichelamar français- maohi au ras du sol, du style : "Emile, il dit et il fait". Au ras des paquerettes…

Ce n’est pas de ce côté là que des idées novatrices, pertinentes, cohérentes surgiront pour l’avenir de la Polynésie !

Comme la démonstration de force est un peu râtée, je ne sais pas si Emile va réussir à "dégommer" Jacqui DROLLET, puisque, semble-t-il, tel était l’objectif.

Suite au Conseil des Ministres de cette semaine….

Par Barewa le 28 February 2006 at 6:37

Emile Vernaudon n’est qu’une chose : un opportuniste malhonnête, tout comme Nicole Bouteau et son compère Schyle. Comment faire confiance à une personne condamnée pour détournement de biens sociaux, ou qui bénéficie d’un bail de 25,000 F pour un terrain territorial à Tautira?

Par Noindep le 28 February 2006 at 21:31

A mes chèrs compatriotes,

L’amertume dont vous faites preuve face à notre shérif semble être justifier par des arguments "pop". Jugé le sur le fond, et non sur la forme. Car pendant que certains défendent l’image de la République, et sa pérénité sur le sol territoriale, d’autres individus à la libido politique bien plus débordante s’acharne à mettre Mariane, et la gouvernance républicaine dans un avion pour Paris. Ecouté les cousins Victor et Keitapu.
Certes sa réthorique fleurte avec un relative jargon populaire, un mixte linguistique de Tahitien et de français. Mais voulez vous un homme du peuple ? ou un politicien au dessus d’eux?
Respecter l’autre, c’est se mettre à son niveau. Je ne crois pas qu’il s’exprime de la même manière avec le p-dg de ALCATEL, ou avec le président de France télécom !
A la différence de tout ses pairs de la sphère politique, il est l’un des seul à avoir respecter le schéma directeur qu’il s’était fixé, une baisse des NTIC, et un degrès d’ouverture sociale plus fort. C’est fait, il ne peut qu’en être fier !
Mon propos tentait juste d’articuler la victoire d’Emile sur lui même, l’enemi étant la sanction populaire, non ses opposants politique.
Et pour Barewa, j’ai le regret de t’annoncer que les personnes qui te dirigent sont des hors la loi. De Flosse aux barbus, personne n’est capable de monter patte blanche. Les uns abusent de leur position dominante, d’autres brûlent nos infrastructures. Arrêter de croire que la démocratie est fait de gentils et beaux politiciens. La fantasme politique s’arrête là, réveillez-vous !

Par Bénédicte le 28 February 2006 at 22:12

L’opportunisme politique d’Emile VERNAUDON est réel : revenir dans la course…politique grâce à son alliance de circonstance avec le Tavini, et,ce, après avoir été marginalisé par Gaston FLOSSE est du grand art politicien.

Réaffirmer ses "convictions" autonomistes après les avoir un peu oublié ces dernières années est aussi du grand art.

Maintenant, après 30 ans de vie politique basée, quand même, sur le populisme et le clientélisme ( eh oui, il n’y a pas que Gaston qui est "clientéliste"… Qui ne l’est pas d’ailleurs, en politique ?), est-il le champion de l’autonomie du troisième millénaire ? J’en doute fort.

Il lui manque un je ne sais quelque chose …

Du charisme ? Oui, il en a à sa manière, à l’échelle locale.
De l’art tactique ? Oui dans le sens politicien du terme.
De la générosité ? Oui, mais avec l’argent du peuple.
De la vision ? J’en doute, si ce n’est pour "réssuciter" son parti.
Des idées ? à part la baisse des tarifs et "une terre, une maison, un emploi", je cherche…
De l’organisation ? Oui pour son parti.
Le sens de l’intérêt général ? Non assurément.
Le sens de la bonne gestion des deniers publics ? Non, de notoriété publique.
L’esprit d’équipe ? Non, très perso.

Je pense quand même qu’il faut un renouvellement de notre classe politique. D’autres leaders et d’autres partis autonomistes ont quand même émergé depuis quelques temps : Te aveia et rautahi notamment. Et nooe te nunaa et le fetia api peuvent évoluer dans leur réflexion politique.

C’est vrai qu’Emile a un avantage : étant du "côté du manche", il bénéficie des moyens publics pour faire grossir ses sections en rendant les services habituels auxquels sont sensibles les "petits" : logements OPH, subvention aux associations sportives et artisanales, moyens municipaux, recrutements au sein des organismes sous tutelle….

Il part du principe que le meilleur homme politique est celui qui aligne le plus de sections. C’est un principe de realpolitik qu’il sait monnayer à l’occasion. Il veut prendre le leadership du camp de l’autonomie ? Peut être, mais même en terme de puissance militantes, puisqu’il ne jure que par çà, il a encore du chemin à faire. Le semi-échec de son congrès le démontre…

Mais tout celà fait-il de lui le meilleur homme politique pour diriger la Polynésie ? Je ne le crois pas.

Le pôle principal de la vraie autonomie, de l’autonomie réfléchie, de l’autonomie responsable, de l’autonomie compétente, reste le pôle Tahoeraa qu’il ne faut pas enterrer trop vite. Il est encore fort de 21 représentants à l’Assemblée.

Une alliance solide, pas une alliance de circonstance pour "rebondir",passe forcément par ce pôle. N’oublions quand même pas que, pas loin d’une personne sur 2 a vôté Tahoeraa. C’est quand même assez extraordinaire pour un seul parti et pour un parti, qui plus est, que l’on disait "usé" ! Je connais plein de partis en France qui aimerait bien recueillir les voix d’un électeur sur 2, surtout après avoir été plus de 12 ans au pouvoir…Alors n’enterrons pas trop vite ce parti structuré, de militants et qui ne se résume pas qu’à Gaston FLOSSE. Il y a aussi des gens de très grande qualité comme Armelle MERCERON qui sont quand même d’une autre densité intellectuelle qu’Emile VERNAUDON.

"Recomposition autonomiste", certes, mais autour d’Emile, je n’y crois pas.

Je pense que les jeunes générations méritent mieux…

Il y a quelque semaines, sur le thème du populisme, j’écrivais le billet suivant et je le pense toujours :

"Bien sûr que le populisme, cette "plaie" de la démocratie est bien présent en Polynésie.

Il n’y a qu’à entendre Emile parler du "PEUPLE" à tout bout de champ : le peuple veut ceci, le peuple veut celà… Quel est le moteur d’un parti comme le Ai’a Api ? N’est ce pas ce discours : c’est moi, Emile le CHEF, ralliez-vous derrière mon panache blanc ? Ensemble, moi devant vous et vous derrière moi, nous allons faire de grandes choses… Lesquelles, on n’en sait rien. Suivez-moi d’abord et on verra après.

Vous voulez une baisse des tarifs internet ou du coup de fil ? ACTION, claquement des doigts : voilà c’est fait. Il suffit de la demander, je fais immédiatement. Efficacité totale.

Quelle politique économique ? Quelle politique sociale ? Attend, tu es trop compliqué, tu fais trop de discours. ..Et puis, j’ai les techniciens pour çà : Georges, Patrick et plein d’autres. T’inquiètes pas pour ça …

Politique sociale : ea aha tera mea ? D’abord, est-ce que tu as ta carte du parti ? Oui ? C’est bien. Tiens, voilà les clefs de ton logement social. Et puis, t’inquiètes pas, si tu ne peux pas payer le loyer, on s’arrangera. Viens voir le Chef : il aura toujours des solutions à ton problème.

Et puis, montes des sections dans ton quartier, dans ton district. Je viendrai vous voir dès que vous aurez monté la section. Car, moi je tourne beaucoup: tous les soirs. ACTION !

Et puis, n’oublies pas de venir à mon congrès. Plus il y aura de monde, plus le "PEUPLE" sera derrière moi, plus je ferai des grandes choses pour vous. Lesquelles ? on verra plus tard. Mettez-moi d’abord au POUVOIR…"

Par Noindep le 28 February 2006 at 22:51

"Comme toujours, le cosmos politique polynésien est riche d’enseignement, trop souvent emporté par des a priori"

L’enseignement a tiré de cette renaissance Mimiliste est la suivante.

L’autonomie subie de plein fouet sa crise de représentation. Une logistique en panne, le ténor a la voix cassé, et l’orchestre ne joue pas la même note. La machine autonomiste est enrayée.
Emile est le dernier autonomiste qui a encore l’assentiment populaire, le seul qui a su intégré le gouvernement du Taui, et qui a assumé ses positions politiques médiatisées d’avant le 23 mai. Il déclarait qu’il était pour le changement, il a tenté de le construire avec son petit portefeuille des télécoms.
Qui a eu autant d’audace politique ?

Ceux qui me parle de Antonio Perez, de Nicole Bouteau, de Philippe Schyle, de JC Bouissou. Eh bien, le premier n’a aucun électorat solide pour le moment. Les deux seconds, sont responsable de ce bordel politique généralisé. Fier de posséder une minorité de blocage aux élections du 23 mai, ils ont abusé de cette position du suffrage pour servir leur intérêts personnels, et résoudre de vieux conflits passés sous l’emprise de la rancune. Fier de sanctionner le système flosse, et conscient de soutenir un parti d’union au programme politique totalement fantaisiste, Nicole Bouteau n’a pas assumer ses propos, et a refuser de siéger au sein du gouvernement, tout comme son cher ami, dernier rescapé du Fetia Api. Soyons franc, leurs idées brassaient du vent, celui d’une alyzée soufflant contre le système flosse.

Mais revenons aux fondamentaux.
Nicole, JC Bouissou, Borris, d’où viennent-ils ? Ils viennent tous de l’école flossienne. Son ticket d’entrée dans la politique, Nicole Bouteau l’a eu grâce au gouvernement flosse, dans lequel elle a servi de manière loyale, en accord avec toutes les idées. Aujourd’hui, elle s’en prend au système qu’il l’a formé, celui qui a construit son personnage politique. JC Bouissou idem, sauf que lui au moins reconnaît le travail réalisé, et ne se permet par d’être le porte parole du ministère du verbe.
Gaston Flosse a donc formé ses jeunes poussins politiques, les a propulsé sur la scène politique. L’élève a dépassé le maître, on l’ignore.

En tous cas, Emile n’est pas épargné. Il est un parfait cas d’école, un produit Flossien, celui du député serviable du ton orange, qui a donné naissance au personnage politique de JC Bouissou. Les ténors de la politique se retrouvent, Gaston, Emile…eux sont les formateurs de la politique, et malgré son talon de rétheur peut convaincant, il reste tout de même aujourd’hui une figure incontournable du paysage politique.

Par Pépé Tama le 28 February 2006 at 23:27

Emile est peut etre un bon politicien (car tres opportuniste) , peut etre est il réellement républicain. Néamoins son discours populiste, ses changements de dernières minutes, ses crises de nerfs, sa manière de s’exprimer a l’assemblée nationale me laissent perplexe. Si il est question d’avoir un camp autonomiste solide, structuré, avec des projets, il me parait tres hasardeux de parier sur emile: le long terme, il ne connait pas. Jamais on ne l’entendra dire comme Jean Marius Raapoto ce qui a été présenté dans un recent billet :” je suis etonnée d’avoir cette place dans les sondages, les projets que je mets en place ne porteront que dans 10 ans.” Emile dira ” Ma place dans les sondage n’est pas étonnante : j’ai baissé les tarifs vini et TNS c’est Gratoui” ce sont de beaux projets effectivement…si seulement les enfants regardaient la chaine odyssée. Bref je ne penses pas qu’il soit un homme politique responsable et visionnaire : Ce n’est pas un homme d’état.

L’autonomie bien sur mais on a encore le choix pour que celle ci ne soit pas sauvegardé a n’importe quel prix c’est a dire au prix d’un Emile président…

Par Noindep le 28 February 2006 at 23:39

Ne nous permettons pas l’extrapolation. Emile est un personnage opportuniste, j’en conviens, ces idées suivrent une loi à géométrie variable. Loin est mon intention, de lui faire porter la gouvernance autonomiste, il n’a pas la carrure d’un homme d’etat comme Pépé Tama nous le mentionne. Seulement, aujourd’hui, l’homme d’Etat (ie G. Flosse) n’a plus le soutien populaire des tribunes, et est contraint de confier la barque autonomiste, à son mécontentement, à Emile. Certes sa logique est une logique de court terme, il est malheureusement trop terre à terre, mais n’avons nous pas besoin de politiciens qui ont les pieds bien ancrés au sol, plutôt que de dirigeants à la tête perdue dans le ciel des fantasmes ?

Par Tahiti Overseas le 1 March 2006 at 17:24

Que de nostalgie pour "l’ere flossienne" dans tous ces commentaires!

Regardons vers l’avenir et appelons de tous nos souhaits au renouvellement de la classe politique, Emile n’est malheuresement pas le Metua tant attendu pour nous mettre enfin en marche vers le 21e siecle. Je ne pense meme pas que notre avenir ou certains diront notre salut, ne vienne du moule a fondre de Gaston, ou de l’ecole de formation de Gaston.

Les reperes pris par tous, apres tant d’annees de pseudo "developpement" economique, qui au passage, se serait arreter apres un changement de majorite politique comme par mauvaise fortune, nous retiennent dans un systeme de reflexion qui n’a pas ou peu change au cours des 10 dernieres annees, voire plus. Quels sont les axes de developpement economique, tourisme, exportation de la perle noire, agriculture et peche (dans des ordres differents selon les tendances et les humeurs). Apres 10 ans de mingres resultats voire un recul, on remet ca et on recommence, comme faire plus de ce que l’on faisait avant sans meme ou peu penser a le faire mieux.

L’alternance et ses petits pas en avant, clameront les plus optimistes, ou ses echecs comme diront beaucoup, nous montrent les limites du systeme de pensee, sociale, economique, politique, de la classe politique actuelle.

Un slogan, "think out of the box", s’impose! "On prend les memes et on recommence" ne s’applique pas seulement aux personnes mais aussi aux idees.

P.S. Je suis assez supris de lire toute cette nostalgie des annees Flosse meme apres le dernier rapport de la Court Territoriale des Comptes.

 

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