• Hypothèse : Les effets des essais nucléaires s’avèrent tels que les présente le Rapport Hirschon, voire pire.
  • Problématique : Quelle doit etre la réaction des Gouvernants pour gérer la question nucléaire ? Pureté de la justice ou Raison d’Etat?

Note : Par raison d’Etat, j’entend ici la raison du gouvernant qui doit prendre des décisions responsables et réfléchies pour sa Cité, son pays. Je ne parle pas d’une raison de l’Etat français.

  • Boite a outils : Electre de giraudoux.

Dans son Electre, Giraudoux a subtilement modifié la psychologie des personnages. Ainsi en va-t-il du personnage d’Egisthe, qu’Electre soupçonne d’avoir assassiné son père Agamemnon avec l’aide de sa mère Clytemnestre. En en faisant un homme d’état responsable, réellement soucieux de défendre sa cité, Argos, contre une attaque des corinthiens, Giraudoux transforme la confrontation traditionnelle entre un lâche criminel et la justice vengeresse en une opposition plus complexe, plus douloureuse, entre la raison d’état et l’exigence absolue de pureté. Cette dernière (la pureté) triomphera, mais au prix de l’apocalypse complète pour Argos. Une destruction saluée d’une seule formule par Electre : « J’ai la justice, j’ai tout ». Et quand le rideau tombera sur la ville saccagée, un mendiant commentera le « coin du jour qui se lève » sur les ruines fumantes : « cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore ».

EGISTHE : et cette justice qui te fait bruler ta ville, condamner ta race, tu oses dire qu’elle est la justice des dieux ?

ELECTRE : Je m’en garde. Dans ce pays qui est le mien, on ne s’en remet pas aux dieux du soin de la justice. Les dieux ne sont que des artistes. Une belle lueur sur un incendie, un beau gazon sur un champ de bataille, voila pour eux la justice. Un splendide repentir sur un crime, voila le verdict que les dieux avaient rendu dans votre cas. Je ne l’accepte pas.

EGISTHE: La justice d’Electre consiste à ressasser toute faute, à rendre tout acte irréparable ?

ELECTRE: Oh non ! Il est des années ou le gel est la justice pour les arbres, et d’autre l’injustice. Il est des forçats que l’on aime, des assassins que l’on caresse. Mais quand le crime porte atteinte a la dignité humaine, infeste un peuple, pourrit sa loyauté, il n’est pas de pardon.

EGISTHE : Sais tu même ce qu’est un peuple, Electre !

ELECTRE : Quand vous voyez un immense visage emplir l’horizon et vous regarder bien en face, d’yeux intrépides et purs, c’est cela un peuple.

EGISTHE :Tu parles en jeune fille, non en roi. C’est un immense corps à régir, à nourrir.

ELECTRE :Je parle en femme. C’est un regard étincelant, à filtrer, à dorer. Mais il n’a qu’un phosphore, la vérité. C’est ce qu’il y’a de si beau, quand vous pensez aux vrais peuples du monde, ces énormes prunelles de vérité.

ÉGISTHE. – Il est des vérités qui peuvent tuer un peuple, Électre.

ÉLECTRE. – Il est des regards de peuple mort qui pour toujours étincellent. Plût au ciel que ce fût le sort d’Argos! Mais, depuis la mort de mon père, depuis que le bonheur de notre ville est fondé sur l’injustice et le forfait, depuis que chacun, par lâcheté, s’y est fait le complice du meurtre et du mensonge, elle peut être prospère, elle peut chanter, danser et vaincre, le ciel peut éclater sur elle, c’est une cave où les yeux sont inutiles. Les enfants qui naissent sucent le sein en aveugles.

ÉGISTHE. – Un scandale ne peut que l’achever.

ÉLECTRE. – C’est possible. Mais je ne veux plus voir ce regard terne et veule dans son œil.

ÉGISTHE. – Cela va coûter des milliers d’yeux glacés, de prunelles éteintes.

ÉLECTRE. – C’est le prix courant. Ce n’est pas trop cher.

ÉGISTHE. – Il me faut cette journée. Donne-la-moi. Ta vérité, si elle l’est, trouvera toujours le moyen d’éclater un jour mieux fait pour elle.

ÉLECTRE. – L’émeute est le jour fait pour elle.

ÉGISTHE. – je t’en supplie. Attends demain.

ÉLECTRE.- Non. C’est aujourd’hui son jour. J’ai déjà trop vu de vérités se flétrir parce qu’elles ont tardé une seconde. Je les connais, les jeunes filles qui ont tardé une seconde à dire non à ce qui était laid, non à ce qui était vil, et qui n’ont plus su leur répondre ensuite que par oui et par oui. C’est là ce qui est si beau et si dur dans la vérité, elle est éternelle mais ce n’est qu’un éclair.

EGISTHE : J’ai à sauver la ville, la Grèce.

ELECTRE : C’est un petit devoir. Je sauve leur regard.

Textes et documents littérature 20eme siècle.

  • Conclusion : Egisthe ou Electre ?

Concernant les essais nucléaires il nous faut être Egisthe et faire primer la raison d’Etat sur l’exigence absolue de justice; il ne suffit pas de “sauver le regard d’un peuple”, car ce dernier est “un corps à régir, à nourrir”. L’intérêt de la Cité doit primer. L’illusion lyrique d’Electre est belle, mais elle ne nourrit pas une économie. La médiatisation à tort et à travers du dossier nucléaire fera prendre à l’aurore 15 ans de retard; 15 ans sur le banc de touche alors que le monde avance.