On l’avait tous soupçonné, on l’avait flairé, sans pouvoir s’assurer que notre sixième sens disait vrai. Sans surprise hier soir, les quatre ténors de la République sonnent les cloches, le budget ne trouve pas son équilibre sur la balance républicaine. La chambre territoriale des comptes de Papeete demande au Gouvernement de rééquilibrer son budget, la session “budget de fonctionnement” semble être le responsable de ce déséquilibre mineur. Quel scoop ! Le paragraphe visé, celui de la DGSE, les primes pour l’emploi et tout les glissements financiers intentés pour bleuir le marché de l’emploi, mettre sa représentation à la couleur du changement.

Les effets de la politique volontariste pour l’emploi noircissent leurs lignes et se créent de facto un casier judiciaire chez les magistrats de la chambre territoriale des comptes. Voilà un verdict qui tranche en faveur de l’opposition qui depuis deux semaines agite les bras au parloir parlementaire, crie haut et fort derrière les barrières suffragettes qui la condamne à son exil politique, le manque de transparence du souverain Temaru.

Gaston Flosse crie victoire, la première depuis sa traversé du désert forcé. Parti le 23 février dernier, le doyen du peuple politique refait surface dans les sondages d’opinion. Son objectif, faire évacuer le malaise moral que la population ressent à son égard, et faire oublier par la même, les trente années de gloire économique de son exercice, aujourd’hui surplombée par l’ère nucléaire. Gaston Flosse doit encore retourner réviser sa grammaire politique.

L’Etat est le seul cavalier blanc qui lui reste, denier garde fou politique en Polynésie pour stopper l’hégémonie démagogique des pairs de la maison Rue Bruat. Anne Boquet conserve les cartes maîtresse, celle du dérogatoire mais aussi celle de l’obligatoire. Elle laisse un mois au gouvernement, pour rééquilibrer la balance de son solde budgétaire, ou le faire elle-même, en paraphant la lettre républicaine par excellence, l’arrêté d’Etat, celui qui supplante tout les autres, dont seul le conseil d’Etat peut y reconnaître une erreur de syntaxe.

Quoi qu’il en soit, la marré bleue qui s’est levée depuis un an se solde par des dysfonctionnements mineurs mais symbolique, et des alternances d’idéo-croyance. Oscar Temaru qui semblait avoir joué carte sur table avec Mme Boquet lundi dernier, se voit forcé de rejouer sa donne, et de faire appel encore à la banque pour espérer gagner la partie, faute de quoi l’Etat exercera son droit de souveraineté, face au puissant Dieu indépendantiste, encore aujourd’hui à l’état d’une vague croyance vulgaire, graffiti d’idée sur une feuille blanche trempé.

En tous les cas, on est tous heureux de revoir l’Etat à l’oeuvre, faire la circulation sur les voies politiques. Soyons lucide, face à l’enthousiasme démesuré des Tauistes, l’Etat reste le seul adversaire de taille qui n’hérite pas de la sanction populaire, seul capable de nous tenir en éveil sur l’épaule républicaine. A nous aujourd’hui de rendre à l’Etat l’hommage qui lui doit, celui de l’orientation prudentielle, et de l’intervention graduelle.