De la renaissance de la République en Polynésie

Par Noindep • 14 February 2006

On l’avait tous soupçonné, on l’avait flairé, sans pouvoir s’assurer que notre sixième sens disait vrai. Sans surprise hier soir, les quatre ténors de la République sonnent les cloches, le budget ne trouve pas son équilibre sur la balance républicaine. La chambre territoriale des comptes de Papeete demande au Gouvernement de rééquilibrer son budget, la session “budget de fonctionnement” semble être le responsable de ce déséquilibre mineur. Quel scoop ! Le paragraphe visé, celui de la DGSE, les primes pour l’emploi et tout les glissements financiers intentés pour bleuir le marché de l’emploi, mettre sa représentation à la couleur du changement.

Les effets de la politique volontariste pour l’emploi noircissent leurs lignes et se créent de facto un casier judiciaire chez les magistrats de la chambre territoriale des comptes. Voilà un verdict qui tranche en faveur de l’opposition qui depuis deux semaines agite les bras au parloir parlementaire, crie haut et fort derrière les barrières suffragettes qui la condamne à son exil politique, le manque de transparence du souverain Temaru.

Gaston Flosse crie victoire, la première depuis sa traversé du désert forcé. Parti le 23 février dernier, le doyen du peuple politique refait surface dans les sondages d’opinion. Son objectif, faire évacuer le malaise moral que la population ressent à son égard, et faire oublier par la même, les trente années de gloire économique de son exercice, aujourd’hui surplombée par l’ère nucléaire. Gaston Flosse doit encore retourner réviser sa grammaire politique.

L’Etat est le seul cavalier blanc qui lui reste, denier garde fou politique en Polynésie pour stopper l’hégémonie démagogique des pairs de la maison Rue Bruat. Anne Boquet conserve les cartes maîtresse, celle du dérogatoire mais aussi celle de l’obligatoire. Elle laisse un mois au gouvernement, pour rééquilibrer la balance de son solde budgétaire, ou le faire elle-même, en paraphant la lettre républicaine par excellence, l’arrêté d’Etat, celui qui supplante tout les autres, dont seul le conseil d’Etat peut y reconnaître une erreur de syntaxe.

Quoi qu’il en soit, la marré bleue qui s’est levée depuis un an se solde par des dysfonctionnements mineurs mais symbolique, et des alternances d’idéo-croyance. Oscar Temaru qui semblait avoir joué carte sur table avec Mme Boquet lundi dernier, se voit forcé de rejouer sa donne, et de faire appel encore à la banque pour espérer gagner la partie, faute de quoi l’Etat exercera son droit de souveraineté, face au puissant Dieu indépendantiste, encore aujourd’hui à l’état d’une vague croyance vulgaire, graffiti d’idée sur une feuille blanche trempé.

En tous les cas, on est tous heureux de revoir l’Etat à l’oeuvre, faire la circulation sur les voies politiques. Soyons lucide, face à l’enthousiasme démesuré des Tauistes, l’Etat reste le seul adversaire de taille qui n’hérite pas de la sanction populaire, seul capable de nous tenir en éveil sur l’épaule républicaine. A nous aujourd’hui de rendre à l’Etat l’hommage qui lui doit, celui de l’orientation prudentielle, et de l’intervention graduelle.

Commentaires

Par Hinarei le 15 February 2006 at 21:41

Une bonne démocratie, c’est :

- une bonne opposition ;
- des corps intermédiaires actifs et vigilants ;
- une presse indépendante et libre et des journalistes à l’esprit critique ;
- une opinion éclairée, informée et active.

La Polynésie a effectivement la chance d’avoir un "garde-fou" supplémentaire : l’Etat. Il peut effectuer un contrôle de légalité et s’appuyer sur les juridictions indépendantes compétentes.

La Polynésie est un Etat de droit et c’est tant mieux.

Pour revenir à ce dossier particulier du budget : une certaine opposition a été active ( le Tahoeraa) et une autre partie a été un peu "mollassonne", les ni-ni notamment.

Les ni-ni sont mous, car ils ont contribué à la prise de pouvoir de l’UPLD. Ils ne veulent donc pas trop "taper" sur des gens qu’ils ont soutenu implicitement par leur position "ni-ni". Leur "abstention" voulait dire "Oscar Président", c’était évident. L’histoire s’en souviendra…

Les journalistes relaient souvent la "parole bleue" en mettant délibérément un mouchoir sur leur esprit critique. Leur leit motiv, on le sait maintenant est de dégommer à tout prix Gaston. Je rigole donc quand on entend que la "parole est libérée". Je conseille vivement de relire les journaux dans les dernières années du gouvernement Tahoeraa : jamais, ils n’ont été aussi critiques. La mémoire des gens est décidément courte…

Il faut, à mon avis, et en premier lieu, que l’opposition soit en première ligne. Car ce qui est gênant, quand c’est l’Etat qui intervient, c’est que les indépendantistes disent : "voilà, l’autonomie, ce n’est pas nous qui décidons, c’est l’Etat qui continue à tirer les ficelles". Donc ma position est légèrement différente de la tienne Noindep.

Mais j’apprécie que l’Etat soit la garant de l’Etat de droit, car on se rappelle encore les propos inquiétants de Vito et de Keitapu lors de leur rencontre avec les basques indépendantistes récemment. "Garde-fou" est bien l’expression avec ces gens là…

Par Noindep le 15 February 2006 at 22:12

Je suis d’accord avec toi, la presse semble être victime d’un effet d’autorité et ont une facilité incroyable à dégommer l’ex gouvernement. C’est normal, le scandale fait vendre, et tue en même temps notre 4ème pouvoir.
En tous les cas, je caricature en parlant de l’Etat comme le garde-fou, mais dans son rôle d’acteur médiateur de la république, comme le représentant de marianne et de la préseveration des droits libertés de chacun.
En ce qui concerne la mauvaise gestion gouvernemental, l’Etat doit juste leur rappeler les textes officiels, et heureusement que l’Etat est là, sans lequel nous courrons à la faillite économique avec une telle gouvernance. Je suis donc pour un Etat impartial, et juste, mais également bienveillant et attentif à la déviance démocratique.

Par Etetera le 17 February 2006 at 9:52

Iaorana

1. Pourquoi l’Etat serait-il un adversaire ? L’Etat est garant de la bonne marche en PF par l’intermédiaire du Haussariat. Madame Boquet est un haut-commissaire qui fait son travail et cela change de certains que l’on a pu avoir auparavant.
Il est heureux de constater que l’APF et le gouvernement de la PF ne peuvent pas faire tout et n’importe quoi au sein de la République.

2. La presse en PF a toujours été dans la mouvance du Pouvoir en place. Mais au fait, de quelle presse parle-t-on ? Nous n’avons quasiment plus de presse indépendante puisque, concernant la presse écrite quotidienne, le groupe Hersant est en position de quasi-monopole !!! et les journalistes sont-ils vraiment de vrais journalistes ? tous ? j’ai des doutes.
Il n’y’ a que quelques revues qui restent encore critiques vis-à-vis du Pouvoir, quelqu’il soit. Mais ils ont aussi leurs travers.

Le Pouvoir en place actuellement n’est pas à la hauteur de la tâche, j’en conviens. Pourtant, il y a de bons éléments mais on ne les écoute pas ou on ne leur donne pas la parole. Les têtes disent un peu n’importe quoi et, en dessous, ils rafistolent !
Dommage, dommage …

Parahi
Etetera

Par Noindep le 20 February 2006 at 23:56

L’Etat est un adversaire dont le sens où il est le seul qui maintiennent la gouvernance polynésienne, qui ne cesse de dériver au fil du temps. Mais un adversaire supérieur, le gouvernement local n’a aucun pouvoir de négociation contre un arreté d’Etat qui signe dans la seconde qui suit sa soumission à l’ordre démocratique.
Restons lucide, un Etat bienveillant est utile, son rôle est de toute manière garantit par un statut locale et nationale, la constitution. N’ayez cependant pas une confiance aveugle en l’Etat, mais ne soyez pas méfiant, il est le garant de nos libertés individuelles, et du développement sécurisé.

 

Qu'en pensez-vous ?

Ami lecteur, amie lectrice, un petite information à votre intention pour vous faciliter la rédaction de votre réaction. Politita modère a posteriori les commentaires. Un nouveau filtre permet de mettre en ligne immédiatement les commentaires qui ne semblent pas injurieux.

Ce filtre n'est en aucun cas parfait et certains commentaires déplacés seront rectifiés après coup ou, plus embêtant, certains commentaires très corrects peuvent ne pas passer de suite. Nous les validerons peu de temps après.

Votre participation à cette discussion implique vous soyez poli envers tous, même ceux que vous n'aimez pas ;) Nous vous remercions pour votre compréhension et vous souhaitons un agréable commentaire.

« Histoires de vents. | Home | Le fantasme ministériel »

+ commentés

Instrumentalisation et gain de temps

125 commentaire(s)

"Scandaleux !"

110 commentaire(s)

VIVE LA DEMOCRATIE POLYNESIENNE !

108 commentaire(s)

Pétition de J.C. BOUISSOU, l'Espoir ?

104 commentaire(s)

Ouvrons les yeux .

103 commentaire(s)