L’improbable retour au plein emploi touristique

Par Noindep • 7 February 2006

L’année 2005 fut une année touristiquement molle, plate, avec aucune dynamique de croissance. On parle d’ouvrir de nouvelles lignes reliant la mégalopole américaine aux périphéries de l’Asie, mais agir à hue et à dia, n’est ce pas la voie vers l’échec ?

Le tourisme a été dès le début du post-CEP, le puit de pétrole sur lequel la Polynésie pouvait compter pour éponger ses dettes, et s’assurer une croissance durable. La dette nucléaire ne pouvait pas à elle seule continuer de nourrir la bulle économique artificielle dans laquelle notre économie avait pris place. Le gouvernement de l’époque avait alors opter pour une politique volontariste, avec des chantiers financiers publics pharamineux.

Nos vahine sont charmantes, Tahiti et ses îles affichent dès le début ses ambitions. Mais comment mener de telles politiques si le gouvernement n’a pas le contrôle des flux d’entrée. Et pourquoi confier notre destin touristique à des compagnies privées, Air New Zeland, Lan Chile, Hawaiian Airlines, Quantas, Air France et toute leur logistiques impressionnantes ? Les idées finissent par tracer leurs chemins, jusqu’au pied du mur. Le mur fait 600 000 touristes, frontière d’indépendance financière, pardon disons Autonomie financière. Voici un objectif totalement réalisable à l’époque, le bassin touristique du pacifique pèse 15 milliards de dollars, pis si on inclut le miracle chinois. Notre destinée était simple et tracée, pourtant elle va dériver…

L’Entreprise Flosse a le vent en poupe en 1996. Elle sort sa dernière folie, Air Tahiti Nui, la compagnie aérienne locale. Ambition généreuse pour un projet qui n’avait pas de fond de roulement, ambition abusive pour l’opposition, qui l’utilise aujourd’hui comme son taxi de service. La Banque Socredo devient la mère forcée de ce château de carte financier, elle sera appelée plus d’une fois à nourrir l’idéologie flossienne, banque de développement publique oblige. Et à cet instant, la transparence disparaît, s’estompe, la gestion est voilée. On n’est alors tous aveuglé par le miracle polynésien, Air Tahiti Nui nous est présenté comme la doyenne de l’économie, la flotte s’agrandie, la loi de défiscalisation est saignée à blanc, J. CHIRAC finance le dernier rêve de Gaston Flosse. On puisse, on ponctionne, on vide les caisses, Air Tahiti Nui doit parvenir rapidement à l’équilibre financier, les actionnaires réclament leur dû, mais ils feront la queue, les contribuables sont en tête de file à la caisse des réclamations.

Où sont les résultats, depuis sa création en 1996 ? La machine Air Tahiti Nui nous nous a coûté de l’argent (1/8 du budget nous dit-on), et le tourisme a à peine cru. Le pic touristique est à son plus haut point en 2000, 250 000 têtes étrangères, et pas une de plus. Les destinations choisies sont le fruit de ces interactions symbolique de politiciens noyés sous leurs rêves, et des échéances financière très exigeantes. Avoir choisi Paris, certes destination clé, a été une ambition qui manquait de nuance. Les citoyens du Vieux contient et de la belle France ont font table rase sur la destination polynésienne. Trop éloignée, trop coûteuse, nos concurrentes ultra-marines ont un pouvoir de négociation plus marqué chez les tour operators. Pourquoi avons-nous délogé notre partenaire (i.e. Air France) sur cette ligne aux coûts d’entrée énorme ? L’entrée sur le sol nippon a été elle aussi faite de manière rapide et naïve. Certes le pouvoir d’achat des habitants nippons reste élevé, mais son exigence qualitative accompagne cette clientèle de premier choix. Commencer par séduire la grosse bête était certes un peu prétentieux. Un nouveau photographe ne fera jamais de photo pour Elle Mc Pherson la première année.

Mon propos tente d’articuler ce vers quoi on est allé, et ce vers quoi on aurait dû aller. En définitive, avoir mis Air Tahiti Nui sur des lignes qui existaient déjà résulte d’une erreur stratégique de premier ordre. Pourquoi n’avoir pas su laisser à des majors de l’aérien, le soin de faire venir une clientèle qu’ils maîtrisaient déjà ? On voulait vite le beurre et l’argent du beurre, le résultat est que l’on s’est mis à concurrencer nos partenaires, qui sont devenus nos concurrents. Exploiter de nouvelles lignes sur la Chine, le Canada, l’Amérique du Sud, et l’Europe en générale auraient permis de nourrir une demande potentielle, “l’offre crée sa propre demande” dixit J-b SAY.

Epilogue : Air Tahiti Nui n’a pas conquis le coeur des financiers, et n’a pas satisfait à l’exigence des chiffres. Aujourd’hui, et face à la conjoncture mondiale, la compagnie n’est toujours pas à l’équilibre, son solde est déficitaire. L’objectif pour notre autonomie financière paraît utopique aujourd’hui, et lorsqu’à 5h de vol au nord de nos îles, on constate que 3 milliards de dollars affluent annuellement (2 fois notre budget, 0.7 fois notre PIB), on ne demande qu’à comprendre. La stratégie est simple, l’appliquer flirte idéologiquement et culturellement avec l’improbable, mais l’ouverture extérieure de manière plus significative appellera à de plus gros flux touristique et de surcroît accroîtra nos richesses. Nous avons-nous aussi le droit de faire parti des bénéficiaires de ce miracle touristique, tout est une question de choix.

Commentaires

Par Manureva le 7 February 2006 at 23:36

La volonté politique de créer notre propre compagnie aérienne était une idée ambitieuse et, à mon avis, fondée. D’ailleurs, l’opposition politique de l’époque ( le Tavini notamment), habituée à jouer "petit" et à ne pas prendre de risques ( mêm calculés), a critiqué ce grand saut qui ressemblait pour elle à un saut vers l’inconnu.

Il faut là reconnaitre l’esprit visionnaire de Gaston FLOSSE qui voyait bien que la logique des compagnies aériennes extérieures, n’était pas, par définition, concentrée exclusivement sur l’intérêt de la Polynésie française et de ses habitants.

Mais là où je te rejoins, il fallait qu’Air Tahiti Nui agisse en COMPLEMENTARITE ET NON PAS EN OPPOSITION avec les autres compagnies aériennes présentes. Malheureusement, il y a un dérapage stratégique.

Ce dérapage stratégique est le fait d’un homme, Monsieur Nelson LEVY, qui n’en a fait qu’à sa tête ( même du temps du soit disant "dictateur" Flosse).

En effet, quelle a été l’idée fixe de Nelson LEVY ? Celà a été de se substituer progressivement aux autres compagnies aériennes en allant sur les même lignes qu’elles ( sans faire dans un premier temps de code sharing), à leur "piquer" leur clientèle locale en adoptant une politique de prix "cassés" auprès des résidents polynésiens et ouvrir des dessertes déjà mises en oeuvre par d’autres compagnies (par exemple sur la Nouvelle-Zélande)….

Substitution mégalomaniaque et non pas complémentarité.

Par exemple, Air Mauritius a eu une politique beaucoup plus coopérative et intelligente avec Air France. Ainsi, le nombre de vols en code share air Mauritius -air France entre la France et l’île Maurice est très important.

Maintenant, Air Tahiti Nui veut faire New York Paris qui risque de faire concurrence au Los Angeles-Paris d’Air Tahiti Nui et surtout d’Air France. De quoi continuer d’écoeurer cette compagnie fidèle à la Polynésie depuis des décennies.

On apprend aussi que les dessertes Auckland-Papeete-New York et Sydney-Papeete-New York a mis en colère les dirigeants d’Air New Zealand…. Jusqu’à l’écoeurement et jusqu’au départ de cette compagnie ?

Monsieur Nelson LEVY continue donc sa politique du pire. Beaucoup de compagnies se sont déjà désengagées de la Polynésie et, à cette allure, Air New Zealand et, à terme Air France, risquent aussi de se désengager.

Qu’aura-t-on gagné à cette stratégie de monopolisation des dessertes par Air tahiti Nui qui, si elle a l’avantage de remplir les avions de la compagnie ( et encore…) n’amène pas beaucoup plus de touristes à la Polynésie.

Les chiffres du Tourisme de ces vingt dernières années sont d’ailleurs révélateurs : peu ou prou, nous avons fluctué entre 150.000 et 200.000 touristes par an. Sans et maintenant avec Air Tahiti Nui.

L’apport d’Air Tahiti Nui est donc, pour l’instant, marginal dans la venue supplémentaire de touristes. Les compagnies aériennes extérieures pourvoyaient déjà à ce flux touristique.

On assiste donc, comme je l’ai dit précédemment à une substitution et non pas à un "plus" réel. Etait-ce la volonté politique initiale ? Je pense que non.

Aussi, j’estime qu’il ne faut laisser un seul homme, en l’occurence Monsieur Nelson LEVY, dénaturer la volonté politique initiale. Il convient donc qu’il y ait un vrai comité de pilotage qui fixe la nouvelle stratégie de la compagnie. On n’aura rien gagné à laisser Air Tahiti Nui aller vers un monopole du transport aérien.

Par Tohitika le 8 February 2006 at 20:54

C’est vrai que les chiffres du tourisme stagnent et sont en baisse depuis deux ans. Le Ministre du tourisme - voir http://www.tourisme.gov.pf - , sur l’un des rares sites internet actifs du gouvernement ( après un an de taui, les ministères du gouvernement Temaru n’ont pas eu le temps d’actualiser leur site internet…), le reconnait lui-même:

Jacqui Drollet : " Les chiffres 2004 (211 893 visiteurs) sont légèrement inférieurs à ceux de 2003 (212 767 visiteurs). Quant aux sept premiers mois de 2005, ils témoignent d’un recul de 3,7 % par rapport à la même période. Cette baisse de fréquentation conjoncturelle concerne deux de nos principaux marchés : la côte Ouest des Etats Unis et le Japon.
De manière générale et depuis 10 ans, la fréquentation touristique stagne. Les variations que connaît ce secteur sont liées à l’offre de croisière. C’est en partie grâce à cette niche que le pays a franchi le cap des 200 000 touristes en 2000, et qu’il a atteint les 250 000 visiteurs en 2001.Dès qu’un bateau quitte nos eaux ou part en carénage, on constate que le nombre de touristes baisse. Les croisiéristes représentent 25 % des touristes qui visitent Tahiti et ses Iles."…

Concrètement, depuis 2001, c’est la dégringolade. Le précédent gouvernement avait entamé une politique volontariste vis-à-vis des navires de croisière, critiquée par l’opposition de l’époque ( y compris Jacqui DROLLET).

Mais voilà, Jacqui, depuis, a "évolué". Comme on dit, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis… Il recherche maintenant de nouvelles compagnies de croisière et est même prêt à créer une société d’économie mixte qui acquerrait et gèrerait en propre un ou des navires de croisière !( attention au gouffe financier…) Il n’empêche, l’année 2005, année de gestion de notre brillantissime ministre du tourisme, sera la plus mauvaise année depuis bien longtemps !

Et pourtant les dessertes d’ATN ont nettement augmenté :allez comprendre…

A propos des touristes des navires de croisières : ils venaient auparavant par des vols Charters américains ou par hawaiian airlines. La compagnie Air Tahiti Nui a tout fait pour récupérer aussi cette clientèle, notamment en "bradant" les tarifs auprès des compagnies de croisières ( et pour leur plus grand bonheur…) Toujours cette préoccupation de remplir les avions d’ ATN à tout prix (cest le cas de le dire…).

Mais les dirigeants d’ATN confondent chiffre d’affaires et rentabilité. Certes, les chiffres d’affaires ont progressé, mais la rentabilité de la compagnie a été très faible. On a même eu plusieurs années de déficit et la nécessité de "recapitaliser" la compagnie. Cette année encore, on n’y loupera pas. Ce ne sera que la troisième ou la quatrième fois que l’on "recapitalise" pour éviter le dépôt de bilan…

Par Noindep le 8 February 2006 at 21:50

Analyse très juste Tohitika.
Il est vrai que le tourisme accuse un recul statistique, personne ne le niera. Pour que Jacqui Drollet en fasse l’aveu prouve de son incapacité à les détourner. Une transparence forcée.
Néanmoins, ce gouvernement semble manquer d’une véritable stratégie touristique. Toutes les forces vives ne sont pas utilisés à plein régime, on ramène notre cadre touristique à 5 avions et 600 employés, qui nous coûtent plus chère qu’ils rapportent. La compagnie Air Tahiti Nui a été mainte fois recapitalisé, et pour cause elle détient dans ses caisses la majorité de l’actionnariat bancaire. La Socredo en première, qui nourrie sans arrêt les caprices du directoire de la compagnie, et afin de ne pas nuire à la banque territoriale, le gouvernement a fait appel à ses concurrentes. Toutes ont été mis à contribution, et certains font même l’aveu que la "Sécu polynésienne" a elle aussi fait son chèque.
Voyez vous dans quel hypocrisie financière on se renferme, en n’osant faire croire à tous que la compagnie s’autofinance. Au contraire, elle est en sous-alimentation, de manière plus bref, en déficit chronique. Trop d’acquisitions, trop de mauvaises gestions, trop de personnels.
D’ailleurs, je n’ai jamais vu un taux de recrutement aussi élevé, et il est rare de voir une entreprise embaucher à tour de bras lorsque non seulement ses comptes sont dans le rouge, mais aussi lorsque son secteur d’activité est sous l’emprise du déclin. Soyons lucide, cette entreprise n’a jamais fait de bénéfices financiers, et par absence de synergies avec les forces vives du tourisme, n’a jamais su apporter le moindre supplément d’activité économique à notre pays.
Avoir supprimer la concurrence a dextrement nuit à la qualité de notre marché, la transparence est atteinte dans son éthique, les synergies mafieuses s’installent, l’efficience prend son envol…

Je suis allé sur le site signalé par Tohitika, j’ai aussi lu ce passage :

"Jacqui Drollet : " Depuis notre retour au gouvernement du Pays, nous avons procédé à l’acquisition du 5e airbus, le Nuku-Hiva, pour Air Tahiti Nui. Nous avons ouvert, le 4 juillet dernier, les lignes New York - Papeete et Sydney- Papeete et nous avons maintenu la troisième fréquence hebdomadaire sur le Japon.
Lors de mon périple dans les trois destinations réputées en matière de tourisme dans le Pacifique : la Nouvelle-Zélande, les Fidji et Hawaïi, je me suis aperçu que nous avions un déficit en fréquences de desserte. L’offre de transport aérien en Nouvelle-Zélande et aux Fidji est de 10 voyages quotidiens, et ne parlons pas d’Hawaïi qui compte 50 vols internationaux quotidiens alors que chez nous, nous comptons les vols à la semaine."

Monsieur DROLLET confirme bien les nouvelles fréquences et pourtant le nombre de touristes a diminué….

Ensuite, ile se plaint qu’il n’y ait pas de vols comme à Fidji ou à Hawaii. Comme s’il suffisait d’un claquement de doigts..

A l’inverse de Noindep, je dirais que dans le monde du transport aérien, "la demande crée l’offre". En effet, une compagnie aérienne, c’est comme un bus : s’il y a beaucoup de gens de la presqu’ile qui veulent prendre le bus pour venir à Papeete, le propriétaire mettra le nombre de bus qu’il faut et/ ou accroitra la fréquence de ses rotations mécaniquement.

Traduction pour le monde du transport aérien : s’il y avait beaucoup plus de touristes étrangers qui voulaient venir à Tahiti, les compagnies aériennes se seraient pressées au portillon pour réponde à la demande…

Le seul petit problème par exemple pour Air France : il faut un supplément de touristes important de France pour mettre un deuxième boeing 747 sur la desserte Paris-Lax-Papeete. C’est une question d’économie d’échelle.

Pourquoi n’y a-t-il pas plus de touristes ? Plein de gens ont déjà répondu à cette question. Le diagnostic existe.

Tout est dans tout : il faut une bonne offre hotelière, une bonne animation, des bonnes activités autour des hotels, un bon rapport qualité-prix, un bon professionnalisme des personnels, une bonne formation initiale et continue, une bonne promotion touristique et une bonne stratégie touristique définie et mise en oeuvre par le Ministre.

Je demande donc au Ministre de nous faire part de sa stratégie : finis les constats et le diagnostic, finies les visites pour voir comment font les autres, finies les généralités, ifauque, yaka, c’est la faute aux autres… On veut des objectifs, des actions, des résultats mesurables et une évaluation. C’est aussi simple que celà.

Où Monsieur Jacqui DROLLETcompte mener l’entreprise touristique " Tahiti et ses îles" ? Plus de discours, des actes.

C’est vrai que les tarifs des compagnies aériennes sont assez intéressants pour les résidents.

Mais il y a un effet pervers à tout ça : les avions d’ATN sont remplis de résidents polynésiens, alors qu’ATN avait pour objectif de nous amener de plus en plus de touristes.

D’ailleurs, il y a un truc comique : les publicités d’ATN dans les journaux sont très alléchantes pour les résidents ( je croyais qu’ils devaient faire de la publicité à l’extérieur). Souvent d’ailleurs, quand Air france fait des promotions sur Los Angeles, ATN fait la même chose le lendemain. Gros paradoxe : au lieu de nous faire venir de plus en plus de touristes, ces deux compagnies se tirent la bourre pour faire partir de plus en plus de résidents !!!

Résultat : les avions d’ATN pour Auckland sont remplis de polynésiens. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup de néo Zélandais : ils préfèrent aller aux îles Cook, c’est beaucoup, beaucoup moins cher….

A propos d’ATN : que leurs dirigeants arrêtent de nous prendre pour des imbéciles en expliquant que le déficit de 2005 ( d’abord 1,7 milliard, puis 2 milliards… mais, à mon avis, le chiffre sera supérieur) est dû à la hausse du coût du pétrole.

Quand on achète un billet, ATN nous fait payer une SURTAXE ( en plus du coût du billet, comme d’ailleurs toutes les autres compagnies). Cette surtaxe est sensée compenser la hausse du coût du pétrole!!

Alors, il faut arrêter avec les mensonges. Qu’on nous donne les vraies raisons et la transparence y gagnera. C’est nous contribuables qui allons devoir compenser ce déficit.

C’est comme si nous étions tous actionnaires de cette compagnie. Donc, leurs dirigeants nous doivent des comptes et des explications claires. C’est ce que les actionnaires réclament lors des Assemblées générales annuelles.

Attendons la certification des comptes d’ATN vers mai-juin 2006. J’espère qu’on connaitra bien toute la vérité.

Je souhaiterai revenir sur la communication "à améliorer" selon Cindy.

Lorsque tu dis qu’ATN fait une communication orientée vers les locaux à Tahiti, c’est normal : elle fait du marketing différencié (selon le marché qu’elle veut toucher). Je t’invite à t’inscrire à la newsletter d’ATN et tu verras des offres promotionnelles destinées au marché US et européen avec marqué en gros "TAHITI" et des tarifs tout aussi alléchants. Le dernier exemple en date : 500 $ pour un New York - Auckland !

Pour ce qui est de la surtaxe carburant, de très nombreuses compagnies aériennes la répercutent avec plus ou moins de bonheur pour leurs actionnaires. La différence avec ATN réside dans son réseau de destinations. On ne peut décemment pas espérer faire des bénéfices substantiels sur des marchés déjà exploités par d’autres compagnies mieux armées. C’est une explication possible au déficit affiché cette année. Une autre explication à vérifier réside dans l’organisation même de la compagnie. Il y a certainement des points à améliorer !

Il est clair que chaque offre promotionnelle est étudiée en fonction des caractéristiques du marché qu’elle vise mais je pense qu’ATN a bien compris que le réservoir de passagers se trouvait surtout ici en Polynésie, du fait du pouvoir d’achat élevé de toute une frange de la population toujours en quète de "dépaysement".
Au niveau des touristes, si l’augmentation en terme d’offre (sièges) suffisait à créer la demande ça se saurait.
La destination Polynésie doit faire avec ses atouts et ses handicaps pour proposer un "produit" concurrentiel. Or actuellement notre rapport qualité-prix est mauvais. Il ne faut pas rêver, on ne pourra jamais se placer au même niveau que
la République Dominicaine par exemple. Je vous invite à lire le détail de ce qui est compris pour 100.000 fcfp dans un séjour là bas et essayer d’évaluer à combien reviendrait l’équivalent chez nous.
On ne peut pas parler de différence mais de gouffre quand on sait que tout ici est facturé plein pot souvent de manière totalement injustifiée (excursions en particulier) !
Nous sommes dans un cercle infernal où parce qu’il y a peu de touristes en Polynésie, ceux qui y viennent se font matraquer comme s’ils devaient payer pour ceux qui ne viennent pas !
Mais ne sommes nous pas là dans notre implacable logique économique ?

Par Pigeon voyageur le 11 February 2006 at 22:39

Sous le titre "Air Pacific (la compagnie fidjienne) profitable, Air Tahiti Nui in crisis", une revue de la région fait une petite comparaison entre les deux compagnies.

Je résume en substance l’article.

"Fidji 500.000 touristes ( 1ere destination touristique du pacifique insulaire)), Polynésie 200.000 touristes( 2è).

Air Pacific fut fondée il y a plus de 50 ans. Son capital est à 51 % détenu par le gouvernement fidjien et le reste par Qantas. En 2004-2005, la compagnie a transporté un nombre record de près de 600.000 passagers et a fait aussi un bénéfice record de 35,9 millions de dollars fidjiens. Alors que cette compagnie n’a pas bénéficié de défiscalisation comme Air Tahiti Nui.

Les difficultés signalées pour Air Tahiti Nui : la ligne japonaise stagnante, la ligne New York-Papeete remplie à 25-35 % ( le seuil d’équilibre est à 70 %). Pour compenser, on annonce New York-Paris prochainement alors que cette revue estime que cette ligne est l’une des plus concurrentielles du monde.

En janvier, la compagnie annonce 17 millions de dollars US de pertes et en rejette la faute sur le prix du carburant. Ces pertes cumulées seraient de 30 millions de dollars, mais risquent d’être plus élevées.

En avril ou mai, il sera de nouveau fait appel aux actionnaires. Seront-ils encore désireux ou auront-ils encore la possibilité d’investir des millions de dollars dans l’aventure ?

L’avenir d’Air Tahiti Nui est inquiétant, selon l’article.

Qu’en est-il d’Air Pacific ?

Air Pacific prévoit un bénéfice inférieur cette année.
Les deux principaux marchés rémunérateurs sont la Nouvelle-Zélande et l’Australie et sont à 3-4 heures d’avion. A Fidji tout le monde parle anglais.

Air Pacific élargit son champ d’affaires : il contrôle 35 % du capital du nouveau "Sofitel resort and spa" ( ouvert en décembre 2005), car le goulot d’étranglement pour la compagnie résidait dans le manque de chambres d’hotel.

La compagnie va réinvestir le marché du transport aérien domestique avec une nouvelle filiale. Elle se réengage à nouveau dans la transport aérien régional : Salomon, Tonga, Vanuatu, Samoa. Une ligne est déjà ouverte sur christmas Island et, bientôt Tarawa ( Kiribati). Le PDG dit redécouvir les iles du Pacifique : Micronésie, Cook Islands et pourquoi pas ? la Polynésie française…

Royal tongan a disparu et Polynesia connait de graves difficultés.

Air pacific deviendra peut être ce qu’elle avait vocation à être : la compagnie aérienne régionale du Pacifique.

Voilà Air Tahiti Nui prévenue…

A propos de transport aérien régional, je suis surpris par le manque de partenariats entre compagnies du Pacifique insulaire : c’est le morcellement et le compartimentage. Chacun chez soi…

Au sein du pacifique francophone, Air Calin et Air Tahiti Nui s’ignorent superbement. Pas de code sharing, pas de recherche de complémentarités. Chacun joue perso dans son coin.

Idem entre Air pacific at ATN.

Résultat des courses : de nombreuses compagnies lancées par les micro-états insulaires ont fait faillite ou vivotent tant bien que mal en ayant souvent revu leurs ambitions à la baisse.

Le Forum du pacifique n’arrive pas à construire une intégration régionale dans le transport aérien ( c’est vrai d’ailleurs aussi dans le domaine du transport maritime). Comment, dans ce cas, aller vers plus d’intégration commerciale régionale ?

Car les grandes compagnies internationales ( à l’exception peut être d’Air New Zealand) ne sont pas du tout intéressés par ce transport aérien régional : pas assez de volume et donc pas assez de rentabilité.

En tous les cas, je ne trouve pas très normal qu’il ne se passe rien entre Air Calin et ATN. Nos gouvernements respectifs devraient peut être regarder le dossier pour créer une synergie et un partenariat ?

Par Waikiki Tamure le 11 February 2006 at 22:55

A propos des 3 milliards de bons dollars yankees "à côté" de chez nous.

J’ai effectivement lu une dépêche cette semaine sur le record de recettes touristiques de Hawaii pour l’année 2005 : 300 milliards de F CFP. Hawaii a accueilli 7.460.000 visiteurs en 2005.

Alors j’ai fait un rapide calcul :

Avec 200.000 touristes ( j’arrondis), Tahiti et ses îles ont eu 40 milliards de F CFP de recettes( j’arrondis aussi les chiffres de l’ISPF).

Avec 7.500.000 touristes, soit 37 fois plus de touristes que nous (à peu près) : ils ont eu 300 milliards de recettes. Soit à peine 7 à 8 fois plus recettes que nous !

Cherchez l’erreur …

Il y a deux options :

- soit on fait vraiment du haut de gamme et on arrive à faire dépenser beaucoup plus les touristes que les hawaiiens où on n’arrive à faire venir que des touristes à "haute contribution" ( à haut pouvoir d’achat, le "haut du panier" de la planète) ;

- soit on est très cher et les touristes supportent des coûts très élevés sur tous les maillons de la chaine.

Je penche plutôt pour la deuxième option : vols interinsulaires, activités, restauration, location de voitures, hébergement, duty free, shopping, bars, night club… Tout est 2 à 5 fois plus cher qu’à Hawaii … POUR LE MEME SERVICE (OU MEME, ET TRES SOUVENT MOINS BON HELAS) !

Regardez Waikiki : tout est fait pour attirer le touriste, tout y est fonctionnel, "clean", agréable… pour passer un bon moment de détente.Certains puristes vont me dire : ouais, mais c’est du tourisme aseptisé à l’américaine, nous on est DIFFERENT, AUTHENTIQUE, UNIQUE, nos paysages sont magnifiques, nos lagons sont purs et d’un turquoise…

D’accord, mais les touristes vôtent avec leur pied et ils continuent de plébisciter Hawaii, et Tahiti la belle ( de moins en moins vrai d’ailleurs) stagne à 200.000 touristes par an.

Cherchons ensemble l’erreur…

on a plus d’avions, plus d’hotels, plus de budget dans la promotion, c’est meme colossal, ( a tel point qu’on peut se permettre de feter le nouvel An chinois, la saint valentin et j’en passe; heureusement qu’a l’ile Maurice et aux iles fifdji les offices du tourisme sont plus regardants sur leurs depenses prioritaires ce qui explique les meilleurs resultats que chez nous!!)les moyens sont mutualises et les mamas de l’artisanat se plaignent de ne plus voir autant de touristes. A croire que tout ce beau monde touristique confonde developper le tourisme et faire du tourisme cad du shopping quand ils sont en mission!!! Il faut dire quie le Ministre a donné le tempo quand il est parti visiter les iles fidji, Hawai, La nouvelle-Zelande et j’en passe? La croisiere s’amuse…..

Ce soir, vendredi, Monsieur Nelson LEVY est passé à la télévision et, là ça a été le summum de la désinformation sur la situation réelle de la compagnie ( déficit de 2 milliards, mais tout va bien, Sydney va très bien, New York démarre enfin… )Bravo, en passant, à Natacha scilagy qui a posé les questions pertinentes qu’il fallait.

Le summum : Monsieur LEVY nous dit que le déficit de 2 milliards qu’il confirme n’est pas trop grave, car en 2003 et en 2004, nous étions bénéficiaire et - tenez vous bien- NOUS AVIONS UNE TRESORERIE DE 2 MILLIARDS QUI NOUS PERMET DE FAIRE FACE !!!

TOUT BON COMPTABLE DOIT SE DIRE : mais il nous prend pour des billes !!! Confondre bénéfice et trésorerie, c’est grave pour un PDG. Il faut l’arrêter, il va nous conduire tout droit à la catastrophe !

Imaginez un peu que demain, tous les créanciers de la compagnie lui demandent de payer ses dettes. Vous croyez qu’avec un déficit de 2 milliards et une trésorerie de 1,8 milliard, Monsieur Nelson LEVY va pouvoir faire face ?

Il nous prend vraiment pour des demeurés. Changez-le avant ne fasse de très très gros dégats !

De toute façon, attendons les prochains mois : on va voir s’ils ne vont pas recapitaliser ATN…

Autre summum de la mégalomanie : Faaa transformé en HUB INTERNATIONAL !!! Comme si une compagnie avec 5 avions pouvait créer de sa propre initiative un hub !!! Roissy est un hub, schipol est un Hub, Houston est un Hub, Miami est un hub. Los Angeles n’est même pas considérée comme un hub. Alors Faaa ? Une escale liliputienne perdue au fin fond du Pacifique. Plus c’est gros, plus ça passe!!! Délire intégral…

Que ne vont-ils pas inventer pour détourner notre attention du vrai problème : le "apo’o" de 2 milliards…

Je rejoins complétement le propos de Waikiki Tamure ! on veut mettre "la charrue avant les boeufs"… Améliorer déjà la situation environnementale (voire sociale )du fenua, voila sur quoi il faut mettre l’accent !Comment faire venir plus de touristes si le reste ne suis pas ?par "le reste" j’entend l’environnement en général… de sorte que l’américain ou le japonais se promenant à Papeete ou dans certaines autres communes ne soit pas confronté de plein fouet à cette pollution ! véritable souillure qui semble être "invisible" (?!) aux yeux de nos concitoyens_pas tous fort heureusement_ (vitres trop fumées des 4X4 api ??).Que pense nos amis touristes quand ils découvrent les chiens errants si amicaux _parfois plus amicaux du tout car morts écrasés sur un bord de trottoir_ de notre beau fenua ou encore le joli tas d’ordures en tout genre sur le bord des routes ou ces jolies poubelles, vites pleines et pas ramassées par les services concernés… je suis également révolté quand je vois quelqu’un, qu’il ou elle soit farani,local,tinito,etc, jeter quelquechose par-terre, qui n’est bien souvent pas biodégradable…L’EDUCATION !et cela dès le plus jeune âge.(mlles,messieurs les instit’ pardon les profs des écoles c’est à vous…au college ou au lycée, c’est déjà plus dur de faire changer les habitudes.)
bref,je souhaites qu’un grand "coup de rein" soit donné par le "Taui" dans ce domaine !
FAATURA TE NATURA !
Après concernant ATN, j’ai bien peur que l’on s’achemine vers une catastrophe…surement à la charge du contribuable (petit tetuanui comme on dit…)… quoique, il doit bien rester quelques milliards disponibles à la CPS…

Par Noindep le 21 February 2006 at 0:08

J’aimerais revenir à la volonté de faire de la plate forme aéroportuaire de Tahiti Faa’a un hub internationale.
Une phrase qui ferait rire n’importe quels experts de l’aéronautique pour deux raisons : la qualité de notre infrastructure, et le coût exhorbitant pour y accéder.

-Ne nous leurrons pas, notre aéroport est loin d’être le nec le plus ultra en matière infrastructurel. Le nombre maximum d’appareil que l’on peut accueuilir est de 4 gros porteurs, et 1 moyens porteurs. Ou cinq moyens porteurs, en utilisant la nouvelle air Golf.
Bref, une piste d’envol très courte, 3400m, et pas au normes pour accueillir le nouvel A380. L’aérogare quant à lui n’est pas en mesure d’accueillir plus de 3000 personnes par nuit. Problèmes sur les baggages, la logistique aéroportuaire d’accueil, le parking, les gates d’enregistrement.

-A coté de cela, on est le deuxième aéroport le plus chèr du monde, derrière Miami. Je vous incite à y faire un tour, notre aéroport fait figure d’antiquité à coté. Rien de comparable.
Non seulement on s’autorise le luxe d’être couteux, mais aussi la prétention de figurer parmi les grands, où se cotoient JFK O’Hare, CDG international.

Réveillons nous, devenir un HUB est une idée complétement délirante, irréalisable, à moins que la direction d’ATN a trouvé un arbe qui fait pousser des milliiards car un chantier pareil c’est 25 à 30 milliards d’infrastructures, 5 milliards pour former un marché captif, et surtout réussir à faire venir les grosses compagnies aériennes. Mais ne croyez pas, qu’avec un tel coût, elles vont se précipiter à poser leur valises chez nous…

Par Etetera le 25 February 2006 at 1:29

iaorana

il est vrai que l’on voit grand en terme de transports SANS prévoir la finalité du touriste : son séjour.

Tout est à faire en matière d’environnement, de salubrité, d’accueil, sans parler des prix !

que dire à un touriste qui te sort : quand tu fais le tour de Tahiti, il y a des endroits qui font penser aux favelas ? ou encore, qu’est-ce que c’est sale !
ou encore, peut-on boire l’eau de robinet ? il parait que vous n’avez pas l’eau potable en PF ?
et bien d’autres commentaires encore …

avant de vouloir concurrencer les autres et prévoir des constructions démesurées, il serait bon de réfléchir à une politique d’ensemble afin que le touriste démarché par les compagnies et/ou tours operator ait l’envie de revenir et en fasse la publicité …

Par Mohamed Tamatoa le 27 February 2006 at 14:52

je pense que ATN va droit dans le mur et son service n’est pas aussi légendaire comme on le dit. J’ai emprunté les lignes ATN sur l’axe PPT PAR et je peux vous dire que nous sommes loin de ce qui se fait en europe…mais bon n’allons pas contre dire l’équipe de bras cassés qui gère cette compagnie …Que la paix soit sur vous

 

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