Le Mythe d’une ile perdue.

Par Pépé Tama • 1 February 2006

J’aimerais comprendre un mythe…

L’indépendance nous apportera moins de richesse; moins de croissance. Cela ne peut être contredit sur une perspective d’au moins 50 ans. Néanmoins peut importe cette conséquence. En effet pour les tenants de cet “idéal politique», summum de la liberté formelle et non de fait, cette idée d’indépendance est bien souvent associé un mythe: Celui d’un tahiti des temps anciens, d’apres guerre, lorsque tahiti était une ile de 60 000 âmes, temps de la vie douce, insouciante.

Je suis né dans les années 80. Je n’ai pas connu cette époque. Dès lors j’aimerais comprendre. Y’a t’il une possibilité réelle d’un retour à cette société d’hantant, ou est ce une Utopie pavée de bonne intention ? N’oublions pas que l’enfer aussi est pavé de bonne intention…

Ce discours de la “décroissance” est il tenable dans un monde en constante évolution ou qui n’avance pas recul? On peut se demander si ce dernier est compatible avec la société polynésienne actuelle, qui même si on le regrette, a quelque peu changé: les jeunes sont imprégnés d’une culture “mondialisée», que ce soit par l’intermédiaires de séries ou autres, qui suscite des aspirations nouvelles; les habitudes ont évolué, celles de la consommation notamment; notre mode de vie à changer. On peut regretter tout cela, mais les choses sont de la sorte actuellement. Il s’agit de faire avec, au mieux. De même, peut-on seulement, envisager un retour en ces “temps insouciants” maintenant que nous sommes plus de 200 000 habitants avec des milliers de jeunes arrivant sur le marché du travail chaque année?

Des lors, est ce raisonnable que de prôner un tel discours, une telle utopie? Pourquoi des intellectuels se plaisent, dans leur tour d’ivoire, à imaginer ce retour à la douce insouciance sachant pertinemment son impossibilité?

Imaginons tout de même cela possible : La jeunesse accepterait elle un retour en arrière, une remise en cause de notre mode de vie actuel ?

J’aimerais comprendre ce mythe car il me semble être trop souvent la justification ultime de l’indépendance. En effet ce mythe idéalise l’indépendance, nous attire vers elle, exorcise nos craintes. Dès lors, ce mythe est plus qu’un mythe; c’est une idéologie : seul compte la logique de l’idée, au diable la réalité. Or on sait jusqu’ou l’idéologie peut mener surtout lorsque la réalité entrave son chemin…

Commentaires

quoi de plus naturel, lorsqu’on a peur du futur, de se tourner vers le réconfortant passé: "c’était mieux avant". quoi de plus naturel, lorsque vos ennemis politiques se sont accaparés l’autonomie et la droite, que de se tourner vers l’indépendance et la gauche ?

y a des jours, je me demande si Oscar Temaru n’est pas une conséquence de Gaston Flosse, le yin du yang. y a des jours, je me demande si Oscar Temaru a choisi lui même ses idées ou s’il a pris "ce qui restait". y a des jours, je me demande si ce serait possible d’avoir des bouteilles de bières de deux litres :)

C’est vrai que le thème de la RURALITE est un thème récurrent de "l’idéologie taviniste": cette mythification du mode de vie du polynésien qui a son "faapu", va pêcher dans le lagon devant son "fare" tout simple et prend le temps de vivre…

Cette société idéalisée qui gomme toutes les "aspérités" de la société précoloniale où la loi du plus fort prédominait (tout celà a été abondamment décrit par les historiens) est en fait une "reconstruction intellectuelle" d’un certain nombre d’intellectuels , boite à outils où ils puisent leur référence par rapport aux maux de la société moderne d’aujourd’hui : collectif versus individualisme, économie du don versus "économie capitaliste", gratuité versus intérêt, écologie versus pollution, valeurs authentiques versus égoïsme, communauté versus chacun pour soi….etc…etc..

L’archétype de ce type d’intellectuels c’est Alex DUPREL, le chevalier de l’anti-administration, de l’anti-ville, de l’anti-voiture…qui pourfend à longueur d’articles l’individualisme, le modernisme qui singe les sociétés occidentales, la vie compliquée dans les villes et les embouteillages, l’argent, la "bourgeoisie demie", l’affairisme capitaliste, la justice étrangère au droit coutumier… Autant de "perversions" amenées progressivement par le colonisateur et qui a atteint son summun avec la "société du CEP" et des essais contaminants…

Contamination des esprits simples, des "bons sauvages" qui ne demandaient rien à personne si ce n’est de vivre tranquillement d’amour et d’eau fraiche, des produits "sains" du faapu , loin de la malbouffe moderne et de la "macdonaldisation" de notre pauvre jeunesse polynésienne, civilisation du "pareu" loin du surfwear de l’impérialisme yankee…, du parler "tahitien vrai" loin du bichelamar des polynésiens "mal occidentalisés"…

On l’aura compris : il préfère la ruralité, la convivialité, l’esprit de communauté, l’authenticité, les traditions. Bref, une société tranquille, conformiste dans l’accepation des mêmes "valeurs’, qui se reproduit loin des influences "néfastes" de l’extérieur.

Tout un tas d’intellectuels et de politiques de l’UPLD ont cet imaginaire là dans la tête. Ils en parlent souvent de cette société rêvée, mais ne la pratiquent pas toujours. Candides ou malins, ils croient ou font mine de croire à cette société parfaite, où l’on pratiquait le "rahui" à l’inverse du pillage ou du gaspillage des ressources naturelles d’aujourd’hui et où l’on ne violait pas les filles . Le polynésien d’antan ou de la campagne aurait découvert l’écologie avant l’heure et la sagesse avant les philosophes.

On se dit : pourquoi le polynésien n’est plus ce "bon sauvage" aux multiples qualités ? La réponse est toute trouvée : la faute à ces "maudits blancs", ces hotu painu et ces ho’o ai’a qui ont tout dénaturé !

Eh oui, c’est la faute à "l’autre"… La politique du bouc émissaire a l’avantage de ne pas se remettre en question et de caresser le maohi ( l"homme "propre", l’homme pur") dans le sens du poil. C’est avec ce discours facile, démagogique, de glorification que l’on peut aussi gagner les élections.

On nous berce d’illusion avec une société modelée réglée par l’unanimisme, le mimétisme, le pouvoir des anciens et la "non-déviance". A bien y réfléchir, le totalitarisme n’est pas loin…

Par Taata Faapu le 2 February 2006 at 22:51

La ruralité et donc l’agriculteur et le pêcheur polynésien qui pratiquent les activités les plus nobles qui soient : celles qui permettent de se nourrir et de nourrir l’autre.

Le fameux cri d’Oscar : il faut "planter", "planter", "planter"… a fait le tour de la Polynésie.

Le peuple polynésien doit d’abord apprendre à se nourrir et retrouver le chemin des champs. Polynésiens, Polynésiennes :arrêtons d’importer et de manger du thon en boites, du corned beef, des conserves. Mangeons nos produits du terroir ( hors de prix), nos taros, nos mangues (piquées par les mouches des fruits), nos tomates ( à 700 f le kilo), nos thons ( à 2500 f le kilo), nos umaras (introuvables)….

Cette idéologie du retour aux champs, de l’arrêt des importations de produits alimentaires "néfastes" n’est pas très éloignée de l’idée des Khmers rouges qui a proné et imposé le retour des citadins à la campagne ( je parle, bien sûr, seulement de l’idée ). Une idéologie, effectivement, de la ruralité qui rend l’homme "debout", "autonome" et donc non assisté.

C’est ainsi que l’on entend, par ci, par là de la part du Président, du Vice-Président, du Ministre de l’agriculture… de longs prêches moralisateurs adressés aux agriculteurs sur le refus de l’assistanat et de la main tendue, de la mal-bouffe importée et de la nécessité d’une production "locale". La conclusion est lapidaire, mais logique au regard de l’idéologie véhiculée : agriculteur, ne demande pas d’aide au Pays, tu as des terres, tu as le lagon. Alors aides-toi et le ciel t’aidera !!!

Je voudrais ici faire une citation d’un économiste français qui a publié récemment un article dans le Monde. Il disait ceci :

"Chacun se souvient de l’impact du mot du cardinal Wojtyla après son élection au trône de saint Pierre : "N’ayez pas peur." On aimerait répéter inlassablement ce mantra au peuple français, plus que d’autres effrayé par la "mondialisation", c’est-à-dire par le changement imposé dans tous les domaines par la révolution des technologies de l’information. Au soir de sa vie politique, ayant dirigé son pays d’une main de fer pendant près de quatre décennies en le maintenant à l’écart de la modernité, Antonio Salazar se serait adressé aux Portugais en ces termes : "Je voulais vous protéger contre l’avenir." On a parfois l’impression que les Français d’aujourd’hui rêvent d’une telle "protection". Or, pour préparer l’avenir, il n’est d’autre attitude que de s’adapter aux nouvelles réalités planétaires ; et, pour réussir, on doit chasser la peur, cette grande ennemie de l’action…"

Je rejoins tout à fait cet éditorialiste. Certains, en Polynésie, voudraient arrêter le temps, figer les évolutions, filtrer les apports jugés néfastes du monde extérieur, définir un modèle unique de vie en société qui fait fi de la diversité des goûts, des envies, des besoins, des tempéraments, notamment de la jeune génération.

Ils voudraient que tous les jeunes polynésiens parlent le tahitien alors que la réalité de la Polynésie d’aujourd’hui ne le nécessite pas, alors que cette langue, aussi belle soit elle, n’est pas pratiquée hors de notre pays.

Il s voudraient enfermer notre belle Polynésie dans un même moule idéologique fait d’esprit communautaire qui gomme l’expression des individualités.

Non, notre société est (devenue) diverse, plurielle ou coexistent différents modes de vie et de pensée… où règne, en fait, la liberté individuelle. Bref, nous vivons dans une démocratie moderne.

La Polynésie s’invente tous les jours grâce à la coexistence de tous ces éléments divers et grâce à son ouverture sur l’extérieur. On ne peut arrêter la réalité planétaire aux frontières de la Polynésie.

Qu’on le veuille ou non, il faudra bien tenir compte du dynamisme de la Chine et bientôt, de l’Inde. Tous les pays sont obligés de s’adapter à cette nouvelle réalité planétaire qui chamboulent leur tissu économique et social et qui remet en cause les situations acquises. Croyons nous pouvoir y échapper en nous enfermant dans notre citadelle et en la coupant du monde extérieur ?

Divers observateurs ont souvent dit que les polynésiens ont toujours su "digérer" les apports du monde extérieur. C’est ce qui fait leur singularité.

Leur singularité n’est pas dans la mythification d’un modèle de l’homme maohi qui vit en symbiose avec son environnement naturel "ad vitam".

Il nous faut faire avec la croissance démographique.Pépéé TAMA a raison de dire que la Polynésie de 250.000 habitants n’est plus la Polynésie des 40 ou 60.000 habitants.

Il faut nous adapter à la mondialisation en mettant en oeuvre les réformes de structures et de comportements qui s’imposent. Plutôt que de regarder dans le rétroviseur, il nous faut faire preuve d’esprit d’anticipation. Dans le cas contraire, nous allons au devant de graves désillusions.

Par Prof 2 le 4 February 2006 at 2:08

Pour éviter d’utiliser le concept de "mondialisation" comme une formule passe-partout dans les discussions de café de commerce ou comme passage obligé d’un discours politique, j’ai trouvé intéressant de reproduire ci-dessous un article d’une chercheuse du CNRS paru aujourd’hui dans le Monde. Ceci pour avoir toujours en t^te les incidences pratique de cette mondailisation pour chacun des pays qui composnet notre monde.

"il est un débat sur lequel beaucoup ont une opinion tranchée, c’est celui des effets de la globalisation sur une économie nationale : opportunité historique d’expansion, ou destruction d’activités par la concurrence mondiale ? En fait, il se peut que chacun parle de réalités différentes.

La notion de globalisation se réfère à des phénomènes souvent confondus : d’un côté des faits (circulation des biens, des personnes, de l’information, délocalisations), de l’autre des politiques économiques, notamment la libéralisation commerciale (biens, services), financière (capitaux) et des marchés du travail. Mais la libéralisation n’est pas synonyme de laisser-faire. Gains et coûts sont inégalement distribués et les bénéfices de l’ouverture commerciale dépendent des politiques publiques (ouverture plus ou moins sélective des marchés, compensations aux secteurs affaiblis par la concurrence). Les pays aux régimes politiques prédateurs et les institutions faibles ont ainsi plus de chances de souffrir des chocs induits par la globalisation.

Des études récentes menées par les institutions financières internationales ont affiné leur position traditionnelle, selon laquelle l’ouverture commerciale est toujours bonne pour la croissance. Elles admettent désormais que la croissance ne suffit pas à diminuer la pauvreté. Branko Milanovic, économiste à la Banque mondiale, montre que les inégalités intra-pays et entre pays se sont accrues depuis 1980, et que la libéralisation commerciale accroît les inégalités salariales entre secteurs industriels dans les pays pauvres. Pour son collègue, Martin Ravallion, les généralisations sont abusives : les effets de la globalisation sur le bien-être sont hétérogènes, y compris chez les pauvres, et requièrent des politiques de protection sociale ; en Chine, la croissance a bénéficié aux agriculteurs, mais avec une inégalité accrue et un effet minime de l’ouverture commerciale.

La globalisation a donc un impact, mais sur quoi exactement ? Ce peut être sur la croissance, sur la pauvreté ou sur l’inégalité. Ces trois processus interagissent selon un "triangle" analysé par François Bourguignon, économiste en chef de la Banque mondiale. La croissance a un impact différent sur la pauvreté et sur l’inégalité, tandis que l’inégalité influe sur la croissance et modifie l’impact de celle-ci sur la pauvreté.

Concernant la croissance, le consensus est loin d’être établi quant aux effets positifs de l’ouverture commerciale. En contradiction avec la théorie standard, l’ouverture peut créer des clubs de pays pauvres et de pays riches, via un renforcement mutuel entre revenu et productivité. Les débats sont tout aussi vifs sur la question symétrique : les politiques de protection freinent-elles la croissance ? Pour certains historiens de l’économie, c’est durant les périodes de fort protectionnisme que certains pays ont connu la croissance la plus importante, en tout cas jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

La relation inverse, selon laquelle le niveau de pauvreté déterminerait la capacité à bénéficier de la globalisation, est également controversée. La persistance des inégalités mondiales serait moins due à la globalisation qu’à une demande croissante pour les hautes technologies, et donc pour le travail qualifié, un phénomène que la globalisation ne ferait qu’intensifier. De leur côté, les hétérodoxes arguent que la croissance spectaculaire de la Chine et de l’Inde résulte moins de la globalisation que de politiques publiques.

Les canaux par lesquels la globalisation influence l’économie d’un pays peuvent également être variables. Ce peut être le changement des prix et des salaires relatifs, les différences de productivité, la mobilité de la main-d’oeuvre entre secteurs, l’accroissement du capital physique, ou la transmission de l’innovation technologique.

Qui sont les gagnants et les perdants de la mondialisation, en termes de revenu ? La réponse varie selon les pays, ou bien selon les groupes sociaux à l’intérieur d’un pays (les perdants étant par exemple les non qualifiés). Si l’incidence de la pauvreté peut baisser, le nombre de pauvres, lui, peut augmenter. Pour les optimistes, chacun gagne à plus ou moins long terme. Mais pour d’autres, un grand nombre de perdants est inacceptable, même à court terme, et peut même induire des dommages irréversibles en affectant les générations suivantes — si, par exemple, ceux qui perdent leur travail retirent leurs enfants de l’école.

La globalisation implique donc des processus contradictoires. Des certitudes se dessinent cependant : l’incertitude des effets des politiques économiques, la fin des oppositions binaires entre les pays développés et le tiers-monde, la compétition entre pays en développement, et le rôle décisif de l’Etat dans la capture des opportunités de la globalisation, comme le montre la Chine. En revanche, handicapés par la faiblesse de leurs institutions et de leurs secteurs industriels comme par l’insuffisante qualification de leur main-d’oeuvre, les pays d’Afrique subsaharienne ne sont pas en position favorable.

Alice SINDZIGRE (que je remercie d’avance pour m’autoriser à reproduire son article)

Par Pépé Tama le 4 February 2006 at 2:23

Prof si tu le souhaite tu peux aussi insérer des liens dans tes commentaires. Merci pour l’article mais surtout pour tes eclairages. Il faut s’attendre néamoins a ce que malgrès que l’on précise les termes et concepts employés, certains nous diront que ce sont des “schémas” et des “concepts” occidentaux que nous utilisons.Or je tiens si il y’a bien quelque chose d’universel a travers ces concepts : l’usage de la raison qu’il assure grace a une observation de la réalité.

Parmi les idéologues qui réfutent ou qui évacuent d’un trait de plume les énormes progrès accomplis par la Polynésie contemporaine, il en est un qui sévit dans de nombreuses publications et émissions locales. Je cite Monsieur Jean-Marc REGNAULT , universitaire à la retraite indexée et qui émet des points de vue (comme n’importe quel citoyen en fait) en se parant de sa qualité d’universitaire et donc de "scientifique". Du café du commerce érigé en Science !

Je voudrais prendre un exemple entre mille. Dans l’article "bombe" de l’ouvrage collectif "101 mots -la Polynésie française", Monsieur REGNAULT (qui a "pris" comme par hasard toutes les entrées politico-économico-sociales de l’ouvrage) se réfugie derrière l’économiste Bernard POIRINE pour dénoncer le caractère factice, inégalitaire de la croissance polynésienne ces 40 dernières années. Une croissance, certes, mais dans un contexte de "mal-développement".

Le "versant noir" sans parler du "versant blanc". A-t-il imaginé un instant le scénario de l’absence d’implantation du centre d’expérimentations du Pacifique ? Où en serait les Polynésiens et la Polynésie aujourd’hui ?

Ce niveau de vie élevé est bien réel, le mode de consommation diversifié des polynésiens est bien une réalité, le pouvoir d’achat des polynésiens peut aisément se comparer avec le pouvoir d’achat des autres peuples du monde et de la région…. Non, non cette réalité là, on ne la voit pas. On y voit que "frustrations", "spéculation", "bureaucratie pléthorique et surpayée"…

Y a-t-il un pays au monde où la croissance capitaliste n’est pas inégalitaire ? Où les injustices sociales auraient été gommées ? On ne fait pas la part des choses : tout celà c’est la faute au CEP !

Une lecture critique donc, mais aucune proposition, aucune alternative, si ce n’est une vague notion de "retour vers l’authenticité" de certains milieux de l’élite religieuse. Cette notion "d’authenticité " était, d’ailleurs à un moment donné l’idéologie du pouvoir à bout de souffle de Mobutu, satrape qui a régenté longtemps le Zaïre. Une idéologie à vocation communautariste qui peut vite déraper vers un certain totalitarisme. On le voit actuellement avec les prises de position "politique" de l’Eglise protestante Maohi : tout le monde au reo maohi, refus des ventes de terres, opposition aux "multinationales" du tourisme, défense d’un pandanus hors de prix contre l’importation de matériaux bon marché ( la liberté du commerce : connait pas..), idéologie anti-nucléaire radicale… L’individu ( et sa liberté) est gommé, seul reste le groupe. Ce" holisme" est révélateur de la résurgence de la société précoloniale mythifiée, reconstruite et idéalisée… dont Aïto a parlé précédemment.

Comme dit le dicton : "la critique est facile, mais l’art est difficile".

C’est vrai que Monsieur REGNAULT regarde les choses dans le rétroviseur. Il n’a pas la charge de conduire un peuple vers le meilleur avenir possible. ..

Du haut de sa retraite indexée, il peut toujours critiquer une "bureaucratie pléthorique et surpayée". Il aurait pu rajouter des "enseignants-fonctionnaires surpayés". En quelque sorte, cracher dans la soupe qui l’a si bien nourrii pendant le (long) temps qu’il a pu "enseigner" en Polynésie. Car je ne l’ai pas entendu s’insurger contre le "sursalaire" qu’il a touché pendant ces longues années au soleil "tropical" et "nucléarisé" polynésien. Ce pays n’est pas si "maldéveloppé" que ça… la preuve : il y fait bon vivre (avec un salaire confortable). Que n’a-t-il pas partagé son salaire avec les "défavorisés frustrés" ?

Comme c’est à la mode aujourd’hui, quand est-ce que ces maitres à penser aux petits feront une lecture " à charge et à décharge" de la réalité polynésienne ? Car tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. Et il faut le dire avec une certaine objectivité : c’est ce qu’attendent les étudiants de leurs professeurs. L’art de la nuance, de la thèse et de l’antithèse…. Bref, leur ouvrir l’esprit et non faire de la propagande.

Ces idéologues gauchisants, ces beaux penseurs tiers-mondistes, toujours du côté des faibles en parole, mais vivant dans le beaux quartiers au quotidien règlent en fait leurs comptes avec le pouvoir qui n’a pas su reconnaitre leurs "qualités". En substance, Monsieur REGNAULT restera toujours avec son dépit et son amertume de ne pas avoir été un jour Président de l’Université de Polynésie, battu démocratiquement par une Polynésienne émérite. Paradoxal pour un intellectuel qui se bat pour l’océanisation des cadres en général, mais qui n’a pas accepté, concrètement, que cette océanisation (" à compétences égales") se fasse à son détriment…

Mais c’est drôle, aujourd’hui, on ne l’entend pas s’insurger contre le clientélisme d’Emile, le népotisme du gouvernement…etc…etc… Il est vrai qu’il ne peut dire du mal aujourd’hui de ceux qu’il a encensé hier… Comment critiquer ceux pour qui on a pris fait et cause ? Et il est vrai qu’il est historien : il a donc l’excuse qu’il n’a pas à "réagir à chaud"…Et peut être qu’il attend un "retour" du pouvoir en place.

Les "démagogues" qui caressent les maohi dans le sens du poil ne sont pas toujours où on croit qu’ils sont…

Que Monsieur REGNAULT profite maintenant de sa retraite indexée et qu’il laisse maintenant les historiens polynésiens ( qu’il n’a pas su faire émerger..) raconter leur propre histoire.

 

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